Mercredi 11 avril 2007

    

  

  

Le débat qui porte sur la question de l’inné ou de l’acquis n’est pas nouveau, pas plus que son glissement de la sphère scientifique vers le domaine politique.

Cependant, lorsque M. Nicolas Sarkozy prétend que l’on naîtrait pédophile (voir ici), il exprime un avis qui mérite quelques précisions :
 
 
 
  
- Soit il se place en expert scientifique de la question et il serait alors intéressant qu’il puisse faire la démonstration de son propos afin de le justifier. Néanmoins, dans ce cas, on ne peut pas porter de jugement moral sur lui.
  

- Soit il s’exprime uniquement en tant que candidat aux élections présidentielles. Dans ce cas, il prend la position de moraliste politique, et on peut alors s’interroger sur l’éthique du propos.

En effet, pourquoi la pédophilie serait-elle du ressort de l’inné et pas la violence en général ? Est-ce ce que pense le candidat de l’UMP ?

  
Or, jusqu’à preuve du contraire, je ne crois pas qu’il appartienne à la première catégorie. Il utilise donc la morale pour défendre une thèse qui se voudrait scientifique, on est à la frontière de l’eugénisme...
  
  
  
Depuis la nuit des temps, se pose la question de savoir si les comportements humains sont plutôt liés à l’acquis ou à l’inné. En d’autres termes, est-ce l’environnement qui prédispose les individus à certaines actions ou alors leur patrimoine génétique ? Et s’il s’agit de leur patrimoine génétique, ne devrait-on pas empêcher les individus déviants de se reproduire afin de préserver au mieux notre société ?
   

Avec le développement de la génétique depuis le 19ème siècle, ce débat philosophico-scientifique sert de propagande politique : c’est le principe de l’eugénisme qui peut se définir comme la volonté d’améliorer l’espèce humaine en pratiquant une sélection des individus, basée sur une opposition subjective entre caractères handicapants / caractères avantageux.

  

L’eugénisme repose en grande partie sur la théorie darwinienne selon laquelle, l'évolution des espèces proviendrait de la sélection naturelle qui, en éliminant les individus les moins adaptés à la survie, ne favoriserait que les plus aptes à la reproduction. Ajoutons à cela l’idée que, la civilisation préservant les individus les plus faibles, leur proportion aurait tendance à augmenter dans une société et on comprend mieux les fondements de l’eugénisme.

  

   

Déjà les Spartiates éliminaient les enfants mal formés afin de se "préserver de la dégénérescence".
    

Plus récemment (en 1913), le Président américain Théodore Roosevelt rêvait d'une société épurée : « Nous nous rendrons compte un jour que le devoir fondamental et incontournable du bon citoyen, du citoyen de bonne souche, consiste à transmettre son sang à sa descendance ; nous devons également comprendre que rien ne nous autorise à permettre à des citoyens de mauvaise souche de se reproduire... Mon souhait le plus vif serait que les individus malsains puissent être totalement empêchés de se reproduire... et donner la priorité à la reproduction des personnes convenables... » (Cité par Jeremy Rifkin dans Le siècle biotech, Ed. de la découverte, 1998).

Cette théorie partagée par les Nazis est encore en vigueur aujourd’hui dans certains pays sous le nom de programmes de stérilisations contraintes, dont les Etats-Unis furent les pionniers en 1900 (et qui ne prirent fin que pendant les années 1970).

   

Par exemple au Pérou, en juillet 2002, le Rapport final commandé par le ministère de la Santé montre qu'entre 1995 et 2000, 331 600 femmes ont été stérilisées, tandis que 25 590 hommes subissaient une vasectomie. Le plan, qui avait pour objectif de diminuer le nombre de naissances dans les secteurs pauvres de la société péruvienne, visait essentiellement les indigènes des zones déshéritées. Depuis le président péruvien Alberto Fujimori a été accusé de génocide et de crime contre l’humanité (source wikipedia).

  

  

  

Pourtant, depuis plusieurs années la communauté scientifique est globalement d’accord pour reconnaître que, d’une part, la complexité de la génétique empêche toute tentative de sélection des caractères handicapants ou avantageux. Notamment car un gène, apparemment handicapant, peut finalement s’avérer avantageux. Par exemple, certaines maladies génétiques sont des remparts contre d’autres maladies : c’est le cas de l’anémie falciforme qui permet à ses porteurs de résister au paludisme.

   

Et que d’autre part, rien ne prouve que l’inné puisse justifier des comportements déviants comme la criminalité ou la pédophilie par exemple. Concernant ce dernier sujet, n’en déplaise à M. Nicolas Sarkozy, de nombreuses études montrent que c’est bien l’acquis qui prévaut, puisqu’une majorité des pédophiles ont subi, eux-mêmes, des abus sexuels étant enfants.

  
   

  

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