L’INNE OU L’ACQUIS : DU DOMAINE SCIENTIFIQUE AU DOMAINE POLITIQUE

Publié le par Ego

    

  

  

Le débat qui porte sur la question de l’inné ou de l’acquis n’est pas nouveau, pas plus que son glissement de la sphère scientifique vers le domaine politique.

Cependant, lorsque M. Nicolas Sarkozy prétend que l’on naîtrait pédophile (voir ici), il exprime un avis qui mérite quelques précisions :
 
 
 
  
- Soit il se place en expert scientifique de la question et il serait alors intéressant qu’il puisse faire la démonstration de son propos afin de le justifier. Néanmoins, dans ce cas, on ne peut pas porter de jugement moral sur lui.
  

- Soit il s’exprime uniquement en tant que candidat aux élections présidentielles. Dans ce cas, il prend la position de moraliste politique, et on peut alors s’interroger sur l’éthique du propos.

En effet, pourquoi la pédophilie serait-elle du ressort de l’inné et pas la violence en général ? Est-ce ce que pense le candidat de l’UMP ?

  
Or, jusqu’à preuve du contraire, je ne crois pas qu’il appartienne à la première catégorie. Il utilise donc la morale pour défendre une thèse qui se voudrait scientifique, on est à la frontière de l’eugénisme...
  
  
  
Depuis la nuit des temps, se pose la question de savoir si les comportements humains sont plutôt liés à l’acquis ou à l’inné. En d’autres termes, est-ce l’environnement qui prédispose les individus à certaines actions ou alors leur patrimoine génétique ? Et s’il s’agit de leur patrimoine génétique, ne devrait-on pas empêcher les individus déviants de se reproduire afin de préserver au mieux notre société ?
   

Avec le développement de la génétique depuis le 19ème siècle, ce débat philosophico-scientifique sert de propagande politique : c’est le principe de l’eugénisme qui peut se définir comme la volonté d’améliorer l’espèce humaine en pratiquant une sélection des individus, basée sur une opposition subjective entre caractères handicapants / caractères avantageux.

  

L’eugénisme repose en grande partie sur la théorie darwinienne selon laquelle, l'évolution des espèces proviendrait de la sélection naturelle qui, en éliminant les individus les moins adaptés à la survie, ne favoriserait que les plus aptes à la reproduction. Ajoutons à cela l’idée que, la civilisation préservant les individus les plus faibles, leur proportion aurait tendance à augmenter dans une société et on comprend mieux les fondements de l’eugénisme.

  

   

Déjà les Spartiates éliminaient les enfants mal formés afin de se "préserver de la dégénérescence".
    

Plus récemment (en 1913), le Président américain Théodore Roosevelt rêvait d'une société épurée : « Nous nous rendrons compte un jour que le devoir fondamental et incontournable du bon citoyen, du citoyen de bonne souche, consiste à transmettre son sang à sa descendance ; nous devons également comprendre que rien ne nous autorise à permettre à des citoyens de mauvaise souche de se reproduire... Mon souhait le plus vif serait que les individus malsains puissent être totalement empêchés de se reproduire... et donner la priorité à la reproduction des personnes convenables... » (Cité par Jeremy Rifkin dans Le siècle biotech, Ed. de la découverte, 1998).

Cette théorie partagée par les Nazis est encore en vigueur aujourd’hui dans certains pays sous le nom de programmes de stérilisations contraintes, dont les Etats-Unis furent les pionniers en 1900 (et qui ne prirent fin que pendant les années 1970).

   

Par exemple au Pérou, en juillet 2002, le Rapport final commandé par le ministère de la Santé montre qu'entre 1995 et 2000, 331 600 femmes ont été stérilisées, tandis que 25 590 hommes subissaient une vasectomie. Le plan, qui avait pour objectif de diminuer le nombre de naissances dans les secteurs pauvres de la société péruvienne, visait essentiellement les indigènes des zones déshéritées. Depuis le président péruvien Alberto Fujimori a été accusé de génocide et de crime contre l’humanité (source wikipedia).

  

  

  

Pourtant, depuis plusieurs années la communauté scientifique est globalement d’accord pour reconnaître que, d’une part, la complexité de la génétique empêche toute tentative de sélection des caractères handicapants ou avantageux. Notamment car un gène, apparemment handicapant, peut finalement s’avérer avantageux. Par exemple, certaines maladies génétiques sont des remparts contre d’autres maladies : c’est le cas de l’anémie falciforme qui permet à ses porteurs de résister au paludisme.

   

Et que d’autre part, rien ne prouve que l’inné puisse justifier des comportements déviants comme la criminalité ou la pédophilie par exemple. Concernant ce dernier sujet, n’en déplaise à M. Nicolas Sarkozy, de nombreuses études montrent que c’est bien l’acquis qui prévaut, puisqu’une majorité des pédophiles ont subi, eux-mêmes, des abus sexuels étant enfants.

  
   

  

Publié dans Présidentielles 2007

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euléthéros 13/04/2007 19:17

- Et bien, je vois que notre petit McCarthy en mal d'époux Rosenberberg n'a pas chômé... C'est qu'il a du flair le bougre, il nous trouve un Staline, un caudillo, Un petit père des peuples, un grand timonier à chaque commentaire, cf à chaque ligne ! ! On a du lui faire chanter l'internationale en slip quand il était plus jeune, je ne vois que ça...

"(...) que vous ne faites (contrairement à beaucoup) aucune analogie entre fascisme et libéralisme"

- Allez donc vous exciter auprés de "beaucoup" et lâchez moi la grappe, vous voulez bien ?

"J'avais fait une déduction un peu hâtive, du fait de votre "tendance anglo-saxonne" liée à un eugénisme chez les pauvres."

- Hâtive ? Je dirais hystérique... Voyez, lorsque je pense à la culture anglo-saxonne, ce n'est pas au libéralisme auquel je pense (la lutte pour la liberté n'étant pas une exclusivité du commonwealth - bien qu'il y aurait encore beaucoup à dire sur la liberté comme endosquelette d'un dogme imposé) mais à l'utilitarisme. J'ai l'intuition (donc provisoire et non valide) que les programmes de stérilisations contraintes (notez bien le mot "programme" et "contraintes") sont de ce point de vue plutôt en accord avec cette doctrine - à noter qu'un tel programme ait été pour la première fois appliquer aux états-unis n'est probablement pas un hasard (ne vous en déplaise) - il y trouva même un accueil fort favorable (Wikipedia : "Après la Seconde Guerre mondiale et les politiques d'extermination de l'Allemagne nazie, qui comprenaient un volet eugénique, l'opinion publique devint moins favorable aux programmes de stérilisation.").

"émettre l'hypothèse de la technique de l'eugénisme pour réduire les populations pauvres est une absurdité totale."

- Je vous l'accorde... D'ailleurs je vois que vous continuez à achopper sur le terme "épiphénomène" (courage... Abandonnez donc vos allumettes et ouvrez un dictionnaire : médical = Symptôme pathologique s'ajoutant par surcroît / philosophie = Phénomène secondaire qui ne peut contribuer ni à l'apparition ni au développement d'un phénomène essentiel) et que vous omettez ce passage de ma phrase : "ce qui laisse entendre que la pauvreté n'est que l'épiphénomène de causes génétiquement identifiables" (notez bien le "laisse entendre"). Ce qui signifie que bien que ces programmes aient visé des catégories identifiables selon une thèse eugénique, c'est bien trop souvent sur les population pauvres que ce programme s'est appliqué (cf ce passage sur wikipedia : "la Cour suprême complexifia la situation légale en s'opposant à la stérilisation de "délinquants" si la clause de protection égale (Equal Protection Clause, ou égalité devant la loi), inscrite dans la Constitution, n'était pas respectée. En d'autres termes, si la stérilisation de délinquants devait être admise, elle devait s'appliquer aux délinquants de toute classe sociale, et non pas simplement aux ouvriers [7]" Qui indique clairement qu'auparavant les populations aisées n'étaient pas inquiétées - pour le pérou : "Le plan, qui avait comme objectif de diminuer le nombre de naissances dans les secteurs pauvres de la société péruvienne, visait essentiellement les indigènes des zones déshéritées").

- Quant à votre remarque sur Michel Onfray.... Que dire... Ha, oui : Les intellectuels médiatico-déterminants m'ennuient, je préfère les penseurs. mais il était facile de deviner derrière votre grossière remarque, votre réflexe Mccarthiste...

"D'autre part, votre notion de la "hiérarchie" dans une société me dérange un peu"

- Ce qui me dérange et surtout m'inquiète c'est votre déni d'une hiérarchie (Organisation sociale établissant des rapports de subordination et des degrés gradués de pouvoirs, de situation et de responsabilités.) ; est-ce de la mauvaise foi, de l'autisme postural, de la stupidité ?

"(...) des opinions que vos termes m'avait laissé entrevoir."

- Une opinion ? Dieu m'en garde, comme dit plus haut : une intuition, plutôt. L'intuition qu'entre utilitarisme et programme eugénique il y ait une relation interne et que cela soit en germe dans la pensée anglo-saxonne.

("rouge-brun" pour reprendre votre expression, en contestant le fait qu'il s'agit d'une "mode", où alors, une mode qui a détruit la vie - et on ne fera pas de "hiérarchie"- au bas mot 150 millions de personnes et appauvri durablement plus d'un milliard),

- c'est l'hystérie qui vous fait lire si vite ? La mode c'est d'accuser son "adversaire fantasmé" (parce qu'il ose s'en prendre à la fabuleuse et si brillante civilisation anglo-saxonne) d'être une canaille rouge-brune, un gauchiste totalitaire, un commissaire du peuple en attente de sang... Pourtant la police de la pensée c'est vous, encore...

"C'est comme pour la génétique, ce qui compte n'est pas la connaissance elle-même, mais ce qu'on en fait."

- Je vous laisse le soin d'approfondir cette réflexion qui à mon sens est inconséquente...

""Si je fréquente ce blog, c'est justement (Ego je te mets un petit coup de pommade...) pour son absence d'idéologie. On voit ce qui "marche", ce qui ne "marche pas", et on pose surtout les questions et les problématiques pour rester "libres", c'est à dire ne pas croire a priori à tout ce qu'on nous dit, que ceci soit "de droite" ou "de gauche"."

- C'est tout l'honneur d'Ego et je viens sur ce blog avec le même état d'esprit (c'est certainement parce que je viens d'enlever mon uniforme de commissaire du peuple, n'est-ce pas ?). J'estime que la séparation entre droite et gauche est périmée. ce qui m'étonne c'est que bien qu'ayant la volonté de "ne pas croire a priori à tout ce qu'on nous dit", vous charriez autant de lieux communs...

"Maintenant, que ça vous fasse mal de vivre dans un monde imparfait, mais réel, au lieu d'un monde parfait mais fantasmatique, je n'y peut rien..."

- L'enfer, à mon sens serait un monde parfaitement huilé, sans failles (dieu merci, c'est impossible). Seulement, je crains que c'est sur ce concept de réel que nous ne soyons pas d'accord...

"Mais bon, on a un collectionneur d'allumette qui viendra nous parler de sa passion, ça devrait nous suffire..."

- C'est bon de se retrouver entre amis, non ? Veillez à ce qu'un inspecteur des impôts ne viennent troubler votre symbiose.

Euléthéros, qui n'est pas fan des dîner chez des inconnus le mercredi soir.

ego 13/04/2007 16:48

@ chocking or not chocking,

Qu'un scientifique tienne ce type de propos, car c'est ce que ses recherches l'ont amené à découvrir ne me pose aucun problème ! En revanche, qu'un politique, ne se basant sur rien de concret, le fasse me choque, en effet... Chocked donc !

Par ailleurs, vous allez me trouver "bien pensant" mais pulsions sexuelles et pédophilie me semble des choses bien différentes...


Ego

Olibo 13/04/2007 09:42

A Euléthèros,
Je suis ravi que ayez daigné me répondre, cette fois en plus en faisant un effort de langage pour vous mettre à mon niveau.
Donc, je suis déjà très heureux d'apprendre de votre part que vous ne faites (contrairement à beaucoup) aucune analogie entre fascisme et libéralisme. J'avais fait une déduction un peu hâtive, du fait de votre "tendance anglo-saxonne" liée à un eugénisme chez les pauvres. Heureusement, votre allusion à la "novlangue" m'a éclairé : il s'agit de l'Angleterre décrite dans 1984 ! (avouez que ce n'était pas évident à première lecture...).
D'autre part, loin de moi l'idée que, grâce au libéralisme, tout le monde disposerait des mêmes moyens financiers. De même, qu'une personne (ou un groupe de personne) aisé agisse pour conserver et augmenter sa fortune, cela ne souffre d'aucune contestation. En revanche, émettre l'hypothèse de la technique de l'eugénisme pour réduire les populations pauvres est une absurdité totale. Je ne préfère pas m'attarder, vous conseillant juste d'élargir votre champ de lectures (Michel Onfray, sur certains aspects, il ne connait pas grand chose...)
D'autre part, votre notion de la "hiérarchie" dans une société me dérange un peu, il faudrait que vous m'éclaireriez sur ce point. Serait-ce le retour de la lutte des classes ?
Je souhaiterais également lever toute ambiguité sur des attaques ad hominem : quand j'écrivais "outre-mur", je ne savais pas qu'il s'agissait de votre nom, mais parlais plutôt des opinions que vos termes m'avait laissé entrevoir.
Je ne saurai également que trop vous conseiller, en ce qui concerne le marketing, des livres et revues plus professionnelles que philosophiques. En effet, le marketing, c'est avant tout un ensemble de techniques (dans la communication, la gestion, la vente, les achats etc.) permettant la convservation et l'acquisition de marchés. Ces mêmes techniques sont utilisées en politique. La dessus, les candidats de l'extrème ("rouge-brun" pour reprendre votre expression, en contestant le fait qu'il s'agit d'une "mode", où alors, une mode qui a détruit la vie - et on ne fera pas de "hiérarchie"- au bas mot 150 millions de personnes et appauvri durablement plus d'un milliard) sont parfaitement rodés. Par exemple, des "mots-slogans" en ce moment très prisés comme "licenciements boursiers", "patrons voyoux", "défense du service public", "la France aux Français", mais aussi "vie chère", "travailler plus pour gagner plus", "immigration choisie" etc. sont issus des techniques du marketing (techniques antérieures au terme lui-même). De même, un terme comme "libéral" est aujourd'hui péjoratif, au point que même la droite (réputée économiquement plus libérale, encore qu'en France...) n'ose s'en saisir.
C'est comme pour la génétique, ce qui compte n'est pas la connaissance elle-même, mais ce qu'on en fait.
Enfin, je ne sais pas trop comment prendre ma prétendue "raideur idéologique associé à de la réaction". Si je fréquente ce blog, c'est justement (Ego je te mets un petit coup de pommade...) pour son absence d'idéologie. On voit ce qui "marche", ce qui ne "marche pas", et on pose surtout les questions et les problématiques pour rester "libres", c'est à dire ne pas croire a priori à tout ce qu'on nous dit, que ceci soit "de droite" ou "de gauche".
Maintenant, que ça vous fasse mal de vivre dans un monde imparfait, mais réel, au lieu d'un monde parfait mais fantasmatique, je n'y peut rien...
Quant au diner, je déplore votre absence. Mais bon, on a un collectionneur d'allumette qui viendra nous parler de sa passion, ça devrait nous suffire...
 

le pas sage 13/04/2007 08:01

salut
le monde change à toute vitesse
beaucoup sont dépassés
il y a du chomage , des gens qui meurent dans la rue alors que d'autres s'offre des primes de licenciement phénoménale
on se demande si on ne revient pas en arrière dans les années 1930 , ce serait catastrophique ?
si tu veux tu peux t'inscrire sur mon annuaire que je viens d'ouvrir
c'est 
je te souhaite une bonne journée
a bientot

Euléthéros 13/04/2007 04:37

A "Chocking or not chocking ?".

On est obligé de donner une conclusion ? Bon allez, sérieusement, d'après les 3 TERRIBLES vérités dérangeantes que vous énoncez, une petite réponse : Cela signifie que le désir sexuel se transmet de génération en génération, j'ai bon ? Tiens un scoop : il semblerait que l'humour soit issu d'un gène dont l'expression soit plutôt un allèle récessif (il paraît qu'on rit de moins en moins).

L'objet du texte d'Egocognito est justement qu'on ne peut pas tout faire dire à la science surtout en matière de politique.