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Vendredi 15 décembre 2006 5 15 /12 /Déc /2006 15:30

Il y a plusieurs années j’ai suivi les cours du Pr. Ahmet Insel à la Sorbonne. Cet économiste turc est le premier à avoir suscité en moi le désir de défendre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne (UE), son approche était particulièrement intéressante car son argumentation reposait non seulement sur l’intérêt que représente cette entrée pour la Turquie , mais surtout car il a su mettre en exergue l’apport considérable que représenterait cette adhésion pour tous les autres pays de l’Union.

   

 

 

 

 

 

  M. Sarkozy s’est souvent montré très critique sur le dossier turc et il va probablement dans le sens d’une majorité de Français. Malheureusement je crains que cette majorité ne se soit jamais donnée les bonnes clés pour analyser la question.

La gauche, dans son grand élan universaliste, semble, quant à elle, plutôt favorable à la poursuite des négociations. Hélas l’absence d’arguments solides et d’une prise de position claire sur ce point laisse le débat en suspens. Seul Strauss Khan s’exprime clairement sur la question.

Enfin la droite chiraquienne assume un positionnement nettement favorable à cette adhésion, mais le désir naissant de donner la possibilité au Français de se prononcer sur la question par référendum, marque un net recul par rapport à une position qui semblait jusqu’alors parfaitement ferme puisque allant dans le sens de ce qu’avait commencé de Gaulle.

 

 

 Arguments historiques & géographiques : 

- La civilisation européenne est méditerranéenne.

- Depuis la chute de l’Empire Romain d’Orient, la Turquie est présente sur le continent Européen et ce par exemple en Hongrie, Moldavie, Serbie, Bulgarie et la Grèce.

- La Turquie n’a pas été davantage ennemie de l’Europe que ne le fut l’Angleterre ou l’Allemagne de la France.  

- Selon Alain Duhamel : « Les plus honnêtes devront reconnaître que le général de Gaulle a légué la Turquie à la France et que renier sa parole, dix fois confirmée depuis, ruinerait la politique étrangère de la France et compromettrait gravement son influence en Europe » (Libération, 14/05/2004).

- Résumer l’Union Européenne à un contient va à l’encontre des préceptes de ses pères fondateurs.

- Que feraient les opposants à cette adhésion, si la Turquie décidait d’un découpage administratif du pays faisant de la région d’Istanbul la « métropole » et du reste du pays des « départements d’outre Bosphore » ? (Sur le modèle de la France et de ses DOM qui sont bien géographiquement hors Europe). 

 

 Arguments culturels & religieux :  

- L’Union Européenne n’a pas de religion si ce n’est celle de ses peuples.

- La Turquie est un pays laïc, peuplé majoritairement de musulmans comme la France est un pays laïc peuplé majoritairement de catholiques.

- Si l’on veut que l’Europe soit purement chrétienne, quel est le critère religieux admis pour juger de la religion d’un pays : Le pourcentage de représentation des religions au sein de la population ? A partir de quel seuil bascule-t-on d’une religion à une autre ? Que fait-on des athées ? Un pays situé géographiquement en Europe mais à population majoritairement musulmane sera-t-il laissé hors de l’UE de facto ?

- Il y a beaucoup plus de similitudes culturelles entre un Grec et un Turc, qu’entre un Français et un Grec. Or l’UE n’a jamais fait le choix d’un modèle culturel dominant, si ce n’est celui de l’ensemble des peuples qui la compose.

- Accepter la Turquie dans l’UE serait un merveilleux pied de nez au fameux Choc des Civilisations, promis par tous les catastrophistes identitaires qui alimentent le risque.

 

 Arguments géopolitiques : 

- La Turquie occupe une place clé sur le plan géostratégique, d’une part grâce à sa position géographique aux frontières du Moyen Orient. D’autre part en raison de ses relations privilégiées avec les pays musulmans de cette région.

- Les Etats-Unis sont très présents en Turquie, probablement au détriment de la puissance européenne, l’adhésion à l’UE constituerait un atout fondamental de l’Europe politique contre-pouvoir de la suprématie américaine.

 

 Arguments démocratiques : 

- La Turquie n’est pas un régime dictatorial. Contrairement par exemple à la Grèce , à l’Espagne et au Portugal jusque dans le milieu des années 1970 (peu de temps avant leur entrée dans l’UE).

- Le pays fait des efforts considérables, notamment depuis 2001, pour satisfaire aux critères démocratiques que l’UE lui impose implicitement : Elle a ratifié le sixième Protocole de la Convention Européenne des droits de l’homme et a signé le treizième Protocole (abolissant notamment la peine de mort).

- La perspective d’adhésion permettrait d’accélérer le processus de démocratisation du pays (reconnaissance du génocide arménien, reconnaissance de la minorité kurde, etc.).

 

Arguments économiques : 

- Le pays ne rejoindra pas l’UE avant au moins une dizaine d’années.

- Il ne s’agit pas d’accepter la Turquie dans l’UE à n’importe quel prix : Des critères stricts sont à respecter.

- La Turquie a un potentiel de croissance incroyable et elle satisfera à ces critères tôt ou tard. D’ailleurs le pays remplit déjà les critères de Copenhague.

- Le pays possède d’ores et déjà un PIB par habitant supérieur à celui de la Roumanie ou de la Bulgarie , futurs adhérents.

- 70 millions de consommateurs dans un pays émergent : ce sont autant de débouchés pour la demande de nos économies.

 

Argument de la pression démographique 

- Il est bien présomptueux de penser que l’entrée de la Turquie entraînera une poussée démographique vers les pays les plus avancés (dont la France ), le différentiel de niveau de vie ne sera pas suffisant pour justifier une pression migratoire forte surtout si l’on considère le niveau de développement que le pays atteindra d’ici quelques années.

Par ailleurs cet argument devrait être avancé pour tous les nouveaux entrants.

 

 Pour conclure, les seuls arguments solides qui pourraient remettre en cause l’adhésion de la Turquie à l’UE, sont les arguments économiques, or ils s’appliquent tous aux futurs entrants de l’Est européen, et ce, à plus forte raison puisque ces économies sont souvent moins avancées que ne l’est la Turquie.

La question est donc de savoir si nous accepterons dans dix/quinze ans de miser sur un pays susceptible de tirer l’UE vers le haut au cours du siècle, ou si nous ferons, au contraire, le choix de ne pas saisir notre chance afin de défendre notre conception obscurantiste d’une Europe chrétienne.  

 

 

 

 

 

Par Ego - Publié dans : Europe
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