OUI A LA POURSUITE DES NEGOCIATIONS POUR L'ENTREE DE LA TURQUIE DANS L'EUROPE !

Publié le par Ego

Il y a plusieurs années j’ai suivi les cours du Pr. Ahmet Insel à la Sorbonne. Cet économiste turc est le premier à avoir suscité en moi le désir de défendre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne (UE), son approche était particulièrement intéressante car son argumentation reposait non seulement sur l’intérêt que représente cette entrée pour la Turquie , mais surtout car il a su mettre en exergue l’apport considérable que représenterait cette adhésion pour tous les autres pays de l’Union.

   

 

 

 

 

 

 M. Sarkozy s’est souvent montré très critique sur le dossier turc et il va probablement dans le sens d’une majorité de Français. Malheureusement je crains que cette majorité ne se soit jamais donnée les bonnes clés pour analyser la question.

La gauche, dans son grand élan universaliste, semble, quant à elle, plutôt favorable à la poursuite des négociations. Hélas l’absence d’arguments solides et d’une prise de position claire sur ce point laisse le débat en suspens. Seul Strauss Khan s’exprime clairement sur la question.

Enfin la droite chiraquienne assume un positionnement nettement favorable à cette adhésion, mais le désir naissant de donner la possibilité au Français de se prononcer sur la question par référendum, marque un net recul par rapport à une position qui semblait jusqu’alors parfaitement ferme puisque allant dans le sens de ce qu’avait commencé de Gaulle.

 

 

 Arguments historiques & géographiques : 

- La civilisation européenne est méditerranéenne.

- Depuis la chute de l’Empire Romain d’Orient, la Turquie est présente sur le continent Européen et ce par exemple en Hongrie, Moldavie, Serbie, Bulgarie et la Grèce.

- La Turquie n’a pas été davantage ennemie de l’Europe que ne le fut l’Angleterre ou l’Allemagne de la France.  

- Selon Alain Duhamel : « Les plus honnêtes devront reconnaître que le général de Gaulle a légué la Turquie à la France et que renier sa parole, dix fois confirmée depuis, ruinerait la politique étrangère de la France et compromettrait gravement son influence en Europe » (Libération, 14/05/2004).

- Résumer l’Union Européenne à un contient va à l’encontre des préceptes de ses pères fondateurs.

- Que feraient les opposants à cette adhésion, si la Turquie décidait d’un découpage administratif du pays faisant de la région d’Istanbul la « métropole » et du reste du pays des « départements d’outre Bosphore » ? (Sur le modèle de la France et de ses DOM qui sont bien géographiquement hors Europe). 

 

 Arguments culturels & religieux :  

- L’Union Européenne n’a pas de religion si ce n’est celle de ses peuples.

- La Turquie est un pays laïc, peuplé majoritairement de musulmans comme la France est un pays laïc peuplé majoritairement de catholiques.

- Si l’on veut que l’Europe soit purement chrétienne, quel est le critère religieux admis pour juger de la religion d’un pays : Le pourcentage de représentation des religions au sein de la population ? A partir de quel seuil bascule-t-on d’une religion à une autre ? Que fait-on des athées ? Un pays situé géographiquement en Europe mais à population majoritairement musulmane sera-t-il laissé hors de l’UE de facto ?

- Il y a beaucoup plus de similitudes culturelles entre un Grec et un Turc, qu’entre un Français et un Grec. Or l’UE n’a jamais fait le choix d’un modèle culturel dominant, si ce n’est celui de l’ensemble des peuples qui la compose.

- Accepter la Turquie dans l’UE serait un merveilleux pied de nez au fameux Choc des Civilisations, promis par tous les catastrophistes identitaires qui alimentent le risque.

 

 Arguments géopolitiques : 

- La Turquie occupe une place clé sur le plan géostratégique, d’une part grâce à sa position géographique aux frontières du Moyen Orient. D’autre part en raison de ses relations privilégiées avec les pays musulmans de cette région.

- Les Etats-Unis sont très présents en Turquie, probablement au détriment de la puissance européenne, l’adhésion à l’UE constituerait un atout fondamental de l’Europe politique contre-pouvoir de la suprématie américaine.

 

 Arguments démocratiques : 

- La Turquie n’est pas un régime dictatorial. Contrairement par exemple à la Grèce , à l’Espagne et au Portugal jusque dans le milieu des années 1970 (peu de temps avant leur entrée dans l’UE).

- Le pays fait des efforts considérables, notamment depuis 2001, pour satisfaire aux critères démocratiques que l’UE lui impose implicitement : Elle a ratifié le sixième Protocole de la Convention Européenne des droits de l’homme et a signé le treizième Protocole (abolissant notamment la peine de mort).

- La perspective d’adhésion permettrait d’accélérer le processus de démocratisation du pays (reconnaissance du génocide arménien, reconnaissance de la minorité kurde, etc.).

 

Arguments économiques : 

- Le pays ne rejoindra pas l’UE avant au moins une dizaine d’années.

- Il ne s’agit pas d’accepter la Turquie dans l’UE à n’importe quel prix : Des critères stricts sont à respecter.

- La Turquie a un potentiel de croissance incroyable et elle satisfera à ces critères tôt ou tard. D’ailleurs le pays remplit déjà les critères de Copenhague.

- Le pays possède d’ores et déjà un PIB par habitant supérieur à celui de la Roumanie ou de la Bulgarie , futurs adhérents.

- 70 millions de consommateurs dans un pays émergent : ce sont autant de débouchés pour la demande de nos économies.

 

Argument de la pression démographique 

- Il est bien présomptueux de penser que l’entrée de la Turquie entraînera une poussée démographique vers les pays les plus avancés (dont la France ), le différentiel de niveau de vie ne sera pas suffisant pour justifier une pression migratoire forte surtout si l’on considère le niveau de développement que le pays atteindra d’ici quelques années.

Par ailleurs cet argument devrait être avancé pour tous les nouveaux entrants.

 

 Pour conclure, les seuls arguments solides qui pourraient remettre en cause l’adhésion de la Turquie à l’UE, sont les arguments économiques, or ils s’appliquent tous aux futurs entrants de l’Est européen, et ce, à plus forte raison puisque ces économies sont souvent moins avancées que ne l’est la Turquie.

La question est donc de savoir si nous accepterons dans dix/quinze ans de miser sur un pays susceptible de tirer l’UE vers le haut au cours du siècle, ou si nous ferons, au contraire, le choix de ne pas saisir notre chance afin de défendre notre conception obscurantiste d’une Europe chrétienne.  

 

 

 

 

 

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anonim 02/02/2010 16:40


peter tu dit que la turquie est un pays laic avec des moscé...
sa fait quoi la france aussi est un pays laic avec des églises même avec des écoles catholique. Non ?


Peter 21/03/2007 16:03

Je suis d'accord avec l'article , mais une seule chose m'embete:
La Turquie se dit etre un pays laïc ce qui signifie qu'aucune religion n'est reconnue par l'Etat.
Alors est- ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi il y a une mosquee à la douane au frontières de la Turquie avec la Syrie ??? Vous trouvez ca normal que dans l'enceinte de la douane qui est un batiment public et qui appartient a l'etat, il y ai une mosquee ?!?

carlos 20/01/2007 06:36

Merci pour cet article courageux auquel j\\\'adhère en grande partie. La Turquie a mauvaise presse en France et il est agéable d\\\'entendre des voix dissonantes qui soulignent l\\\'enrichissement réciproque que le processus d\\\'adhésion pourrait apporter à nos peuples. Pour avoir vécu et travaillé quelques années en Turquie, et m\\\'y être installé à l\\\'époque avec quelques réticences,  je peux témoigner de la singulière vitalité de la jeunesse turque, des atouts économiques indéniables de ce pays et des transformations opérées ces dernières années. Il reste que le chemin sera long et sans doute hasardeux et que les défis à relever sont nombreux. JPour en citer quelques uns:- Le défi d\\\'un développement économique qui doit se faire de manière harmonieuse. Si le revenu par habitant et les fondamentaux économiques placentla Turquie dans une position plus favorable que ses voisins bulgare et roumain, si la Turquie urbaine de l\\\'Ouest fait preuve d\\\'un dynamisme remarquable, il reste que les régions orientales du pays, qui sont en même temps les plus instables politiquement, ont été jusqu\\\'ici oubliées par ce développement. La question de l\\\'adaptation des structures très jacobines de l\\\'Etat turc à ces exigences de développement est aujourdh\\\'ui posée. Ainsi que celle de l\\\'aptitude de l\\\'Union à favoriser ce développement, en l\\\'absence de volonté des Etats membres d\\\'évoluer sur la question du budget européen (cela vaut aussi pour les nouveaux entrants, et les conditions ne sont pas remplies pour que ce produise un nouveau "miracle espagnol"à leur propos)- La levée des blocages concernant les questions chipriote, arménienne et celle du statut des minorités. Sur ce point, les choses évoluent sous la pression d\\\'une jeunesse qui est lasse de souffrir les conséquences de conflits anciens vis à vis desquels elle se sent de moins en moins concernées. Le regard que les turcs portent sur leur histoire de transforme peu à peu mais il ne faut pas sous-estimer les résistances qui existent encore. Le mouvement est à mon avis inexorable et il convient de l\\\'accompagner plutôt que d\\\'adopter, à l\\\'instar de certains de nos députés, une position de matamore qui risque de se révéler contre-productive en conduisant les turcs à se chercher un autre destin, plus chaotique, au sein de l\\\'ensemble asiatique.- La question du poids, encore considérable, de l\\\'armée dans les structures de pouvoir, même si là encore un mouvement de remise en cause se dessine depuis plusieurs années.Sur toutes ces questions, le processus d\\\'adhésion a servi jusqu\\\'ici d\\\'aiguillon en donnant aux turcs l\\\'impression que ce processus avait un sens et pouvait déboucher sur quelques chose de tangible politiquement. je précise que la question qui pose est bien celle d\\\'une adhésion pleine et entière, la seule perspective susceptible de répondre aux enjeux que j\\\'ai cités, et non celle d\\\'un "partenariat privilégié" qui de facto existe déjà depuis l\\\'union douanière de 1998 et la participation de la Turquie aux grands programmes éducatifs (Socratès, Comenius)Je suis convaincu que le processus d\\\'adhésion peut redonner du sens à l\\\'intégration européenne à l\\\'heure où l\\\'Union est questionnée jusque dans ses principes et ses valeurs. C\\\'est une aventure politique, au sens plein du terme. Comme toute aventure, elle comporte une part de risque, mais ce n\\\'est certainement pas en refusant le risque quand il se présente que nous mettrrons fin à l\\\'impuissance politique de l\\\'Union.Concernant les arguments geographico-culturels (Barbarette) je me bornerai à dire que la géographie est une science humaine  et que la délimitation actuelle qui fixe les frontières "symboliques" de l\\\'Europe aux Dardanelles est une conception très moderne au sens historique du terme. Ce n\\\'est certainement pas celle qui prévalait à l\\\'Antiquité, ni encore au XIX où  bcp d\\\'intellectuels européens situaient les "marches" de l\\\'Europe du côté du Caucase, c\\\'est à dire de la Georgie et de l\\\'Arménie actuelles. N\\\'oublions pas non plus qu\\\'en comparant et opposant Europe méditerranéenne et Europe du Nord, nous introduisons un biais (évidemment Istanbul est loin de Copenhague) qui nous empêche de percevoir le continuum et la proximité culturelle des turcs avec le monde balkanique (quiconque aura franchi les frontières turco-grecques ou turco-bulgares comprendra qu\\\'il existe une étonnante proximité culturelle, forgée par une histoire et un environnement communs). Bref, merci encore pour cette réflexion rafraîchissante.

Turquie-Europe 19/01/2007 18:44

Il est vrai que ton article manque d'impartilité, mais c'était pas le but, soyons clair. Ton but était de donner ton avis. Tu l'a très bien fait en te justifiant. Avis que je respecte et que je reprendrais dans mon Blog.
Merci
Cordialement

Le Sam 05/01/2007 12:50

salut, je ne suis pas d'accord avec tes arguments... j'avoue que l'idée m'est venu de les contrer un a un... mais bon j'ai un peu la flemme.. mais juste pour le "fun"... dire que juste les arguments historico-geographique sont plus que "douteux".. en ce sens que la civilisation européene n'est pas que mediteranéene ( c 'est bien facile d'exclure les pays du nord de l'europe et toute leur influence... et si c'est bien le cas : l'algerie, l'egypte, le maroc... et par extension tout les pays mediteranéens se revendique t 'il de la civilisation européene ?)... argument encore plus douteux en lancant que l'allemagne et l'angleterre ont été plus enemie de l'europe (de la france) que la turquie : mais de quoi parle t'on... nos querrelles passé avec l'allemagne et l'angleterre ( qui font de plein droit partie de l'europe geographique) n'entre pas en ligne de compte pour ce revendiquer comme faisant partie de l'europe. si je suit le raisonement... le canada ( au hazard).... qui ne fut pas plus enemie que l'angleterre ou l'allemagne peut elle se revendique de l'europe... Non ?? bref.... je finirais la, juste pour dire que les seules arguments ( solide) qui tiennent pour une eventuelle entrée de la turquie sont les arguments economiques... mais c 'est un peu leger... bon voila tu aura compris que je suis contre l'entrée de la turquie dans l'UE... mais pas contre les turc en france ou d'autre pays ( je tiens a le preciser) a bientot Ps: ce blog est vachement bien... car il insite a la reflexion et au debat... Bravo !!