UNE APPROCHE ECONOMIQUE DE LA NATALITE

Publié le par Ego

La récente polémique relative à des propos insultants, mais surtout ineptes, tenus par Pascal Sevran dans un de ses ouvrages : « la bite des noirs est responsable de la famine en Afrique », m’a poussé à vous présenter une remarquable théorie économique de la natalité que l’on doit à G. Becker. 

Au cours des années 1960, s’inscrivant dans le mouvement dit « d'impérialisme économique » qui repose sur une extension des principes de l’économie néoclassique à des disciplines variées, une véritable analyse économique des sciences humaines s’est développée au sein de l’Ecole de Chicago. Des auteurs tels que Becker, Posner ou Stigler, utilisant les outils de la microéconomie traditionnelle, ont cherché à étudier des phénomènes divers en raisonnant dans un cadre théorique rigide afin de se dégager de tout principe moral ou idéologique. 

  

 

Cette approche est particulièrement pertinente pour traiter de la natalité. J’essaie ici de synthétiser ce que Becker nous apprend : 

 

Les pays en développement (PED) ont des indices de fécondité supérieurs à ceux des pays avancés car, au sein de ces économies, le coût d’opportunité inhérent à une naissance est très élevé alors qu’il est négatif pour la majorité des familles dans nos pays. 

En d’autres termes, la probabilité d’augmenter son revenu est fonction croissante du nombre d’enfants d’un foyer pauvre, alors qu’elle en est fonction décroissante pour un foyer riche. C’est également ce qui explique pourquoi même au sein des pays développés, les foyers les plus défavorisés comptent en moyenne plus d’enfants que les autres.    

 

 

On peut expliquer ce phénomène par une différence de sens des transferts intergénérationnels : Tandis qu’ils sont descendants dans les pays riches, ils sont ascendants dans les pays pauvres.

En effet les enfants des PED, d’une part, participent très tôt au revenu du foyer et rapportent bien plus qu’ils ne coûtent. Et d’autre part, la probabilité d’avoir un enfant qui réussit (par exemple, partir en occident et comme on le voit régulièrement contribuer au revenu de toute une famille) augmente avec le nombre d’enfants : Transferts des enfants vers les parents.

Au contraire, dans les économies avancées un enfant coûte cher (bien plus qu’il ne rapporte) et ce très souvent jusque tard dans sa vie : Transferts des parents vers les enfants.  

Donc le choix du nombre d’enfants est parfaitement rationnel.  Cela est d’autant plus vrai que la possibilité de limiter les naissances n’est absolument pas liée au niveau de vie. Tous les spécialistes s’accordent à penser que le fort taux de fécondité des foyers pauvres n’est aucunement lié à un manque d’accès à la contraception, par exemple, puisque la transition démographique s’est faite en Europe au 19ème siècle sans contraceptif.    

 

Pour conclure ce n’est pas le nombre d’enfants qui créent des pauvres mais la pauvreté qui incite les parents à avoir beaucoup d’enfants. N’en déplaise à Sevran !

Publié dans Pays en développement

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olibo 28/12/2006 10:20

J'ajouterai que la notion de coût d'opportunité s'applique dans mille autres domaines, et sans vouloir être cynique (au mauvais sens du terme, puisque le vrai sens est plutôt flatteur) j'irai même, (nonobstant les bêlement moralisateurs des chêvres anti-libérales de gauche comme de droite, tout aussi nombreuses, qui, élevées depuis leur plus tendre enfance sur les bancs de l'école -toi comme moi, Ego ! -, par des préposés au savoir, des détenteurs de la vérité qui ne connaissent de la vie de l'entreprise que ce que leur souffle une presse dont la mièvrerie bien pensante n'a d'égal que la dégoulinance de l'anus de Pascal Sevran après le passage d'un phallus d'ébène, responsable de la famine en Afrique, dans la haine de ceux qui réussissent autrement que par l'avancement dans les grilles de calcul des rémunérations des fonctionnaires de l'état et encore pas trop), jusqu'à croire que la société toute entière est régie par cette notion.
Bien entendu, un coût n'est pas seulement financier. Il me coûte plus d'entendre vociférer les candidats aux élections sur des questions qui visiblement les dépassent, que de faire chauffer ma carte bleue plus que de raison pour faire plaisir à ma moitié.
Ainsi, on peut se poser la question sur :
-Le coût d'opportunité, pour une entreprise, d'une embauche,
- Le coût d'opportunité de me marier ou de me pacser
- Le coût d'opportunité de voter pour un candidat ou un autre...
En fait, on s'aperçoit que seuls quelques notions transcendent cela. Ce sont des convictions, "bonnes" ou "mauvaises" qui nous poussent à agir contre notre propre intérêt . Il s'agit des idéologies, du racisme, du nationalisme, de l'amour et de la haine, ... On s'aperçoit que ces notions inspirent plus (même l'amour .. regardez Fançois Hollande !)  nos candidats que les vrais problèmes qui sont ceux sur lesquels ils ont une réelle possibilité d'action.
Quand j'entends les réactions des uns et des autres, je me dis qu'on est pas prêts d'offrir un monde potable à nos enfants. C'est à dire un monde dans lequel dans ils auront le choix, la liberté d'en faire ce qu'ils veulent et pas de rembourser toute leur vie les erreurs de leurs ancètres...

cs 25/12/2006 11:52

Bonjour
La théorie que vous reprenez a au mojns l'avantage d'être plus intelligente que celle de Sevran. Elle oublie sans doute des facteurs historiques, ou émotionnels, mais elle souligne bien que les enfants quand on est pauvre sont l'équivalent de notre sécurité sociale et de nos retraites...
Envoyez votre site à sevran!
cordialement
cs

Ego 20/12/2006 12:12

Ce n'est pas contradictoire, au contraire il s'agit, selon moi, d'un bon argument en faveur de cette théorie !
En Chine, à l'origine, on avait une divergence d'intérêt entre la population et le gouvernement. Tant qu'il ne devenait pas moins avantageux pour une famille d'avoir plus d'un enfant qu'un enfant unique, celle-ci ne limitait pas ses naissances. Au contraire, dès que des mesures gouvernementales ont augmenté le coût du second, troisième, etc. enfant, la population a trouvé un intéret à n'avoir qu'un enfant unique et s'est employée à contrôler ses naissances.
=> Choix rationnel !
Ego   

Dash 20/12/2006 12:04

Pensez-vous vraiment que la décision d'avoir des enfants est toujours parfaitement rationnelle ? Pourquoi en Chine la limitation des naissances est-elle passée par une mesure gouvernementale si c'est le cas ?

L'Incohérent 19/12/2006 13:13

Sevran a de mauvaises lectures (Chardonne)!  Sevran oeuvre mollement depuis lurette! Sevran nous canule avec ses livres peu écrits! Sevran est méchant!
Et compliments! Ecognito!