UNE EXPLICATION DE LA THEORIE DE L'AGENCE

Publié le par Ego

Ayant expliqué dans mon précédent article la rémunération par stock options en m'appuyant sur la Théorie de l'Agence, mais n'ayant pas pris le soin d'expliquer cette dernière, je corrige ici cet oubli !

 

Veuillez noter que la deuxième partie de cet article repose pour une grande part sur l'article Agency Models in Law and Economics d'Eric A. Posner (fils de Richard Posner), paru en 2000 dans le  John M. Olin Law & Economics Working Paper NO. 92 de la Law School of Chicago.

L'article original ici.

 

 

A l'origine : une théorie de l'agence pour comprendre la firme

 

« Les directeurs de ces sortes de compagnies (les sociétés par actions) étant les régisseurs de l'argent d'autrui plutôt que de leur propre argent, on ne peut guère s'attendre à ce qu'ils y apportent cette vigilance exacte et soucieuse que des associés apportent souvent dans le maniement de leurs fonds ». Cette citation de Smith[1] montre bien que l'intérêt soulevé par les problèmes liés à la relation d'agence est aussi ancien que la discipline économique elle-même.

 

Il faudra néanmoins attendre 1932 pour que A. Berle et G. Means[2] approfondissent les problématiques issues de la divergence d'intérêt entre celui qui dirige et celui qui possède l?entreprise.  C'est ainsi que naîtra le premier cas de relation principal/agent, à travers l'étude des rapports entre managers et actionnaires

S'appuyant notamment sur la théorie des droits de propriété d'Alchian et Demsetz[3], Jensen et Meckling vont encore plus loin et s'intéressent à l'ensemble des contrats qui ont lieu au sein de la firme. Cela les amène à définir la relation d'agence ainsi : « un contrat par lequel une ou plusieurs personnes (le principal) engage une autre personne (l'agent) pour exécuter en son nom une tâche quelconque qui implique une délégation d'un certain pouvoir de décision à l'agent »[4].

C'est d'ailleurs cette définition qui les engage à considérer la firme comme « un noeud de contrats ». C'est-à-dire un mode d'organisation dans lequel les acteurs sont liés entre eux par des successions de contrats plus ou moins formels.

La question qu'ils soulèvent est de comprendre, dans ce contexte, quel type de contrat satisfera au mieux les deux parties engagées dans la relation d'agence tout en minimisant les coûts de leur contractualisation, i.e. les coûts d'agence.

 

On comprend bien que l'approche de ces différents chercheurs consiste essentiellement en une tentative d'explication, ou en tout cas de compréhension, du fonctionnement de la firme. Aussi ces travaux s'inscrivent-ils dans le sillage de la théorie économique des organisations initiée par Coase[5] qui reprochait au courant traditionnel de se contenter d'appréhender la firme comme une boîte noire et qui, au contraire, voulait expliquer l'existence de l'entreprise comme mode d'organisation alternatif au marché.

 

 

L'universalité de la relation principal-agent

 

Posner nous explique comment le contrat résout tout problème principal-agent.

 

Posner prend l'exemple d'un individu qui, cherchant à vendre sa maison, se tourne vers les services d'un agent immobilier. Il mentionne  deux difficultés essentielles. Premièrement les intérêts de ces deux acteurs peuvent diverger : le propriétaire ayant intérêt à ce que l'agent immobilier développe l?effort maximal pour vendre la maison, alors que l'agent immobilier peut avoir une tendance naturelle à fournir un effort minimal (aléas moral). La deuxième difficulté réside dans l'impossibilité pour le propriétaire d'évaluer l'effort de son agent immobilier, en raison d'une asymétrie d'information et donc de le rémunérer selon cet effort. Cette situation représente un cas classique de problème principal-agent.

La solution de ce problème consiste en une contractualisation entre les deux parties. Mais quel est le meilleur contrat ?

 

Pour répondre à cette question, Posner part d'un contrat de base (sa baseline), situation dans laquelle le contrat est optimal puisque on fait l'hypothèse que le vendeur peut parfaitement contrôler le travail de son agent immobilier.

A partir de ce contrat de base, il relâche son hypothèse d'information parfaite et étudie différentes alternatives de contrat envisageables afin de parvenir aux meilleurs pour les deux parties. Son raisonnement l'amène à envisager un contrat mixte (mixed contract) qui allie à la fois une motivation monétaire pour encourager l'agent immobilier à fournir l'effort maximal afin de vendre la maison à un prix élevé, et la garantie d'un revenu minimal dans le cas d'une vente à un prix faible (protection contre le risque).

 

L'auteur constate que dans la réalité, les contrats entre agents immobilier et vendeurs sont proches de celui que nous prédit la théorie de l'agence, mais pas exactement identiques, puisqu'ils consistent en l'attribution d'une commission sur la vente à l'agent immobilier, mais que cette commission est stable, i.e. n'augmente pas avec le montant du prix de vente.

Pour Posner, c'est parce que la théorie de l'agence est trop simple (too simple).

 

Voici quatre complications (liste non exhaustive), qui nous montrent bien pourquoi la théorie de l'agence ne constitue qu'une représentation simplifiée de la réalité :

1- L'agent a souvent plusieurs tâches à réaliser, ou en tout cas, ces tâches sont plus complexes que celles présentées précédemment.

2- Il se peut que plusieurs agents soient impliqués dans la relation. Par exemple dans le cas d'un employeur qui a divers employés.

3- Il peut aussi y avoir plusieurs principaux. C'est le cas quand un directeur général doit rendre des comptes à un groupe d'actionnaires dont les intérêts peuvent varier entre eux.

4-  On peut imaginer que le principal soit également agent et réciproquement dans une relation contractuelle. Ainsi lorsque deux associés créent ensemble leur cabinet d'avocat, chacun est impliqué avec l'autre dans une relation qui le fait aussi bien jouer le rôle du principal que celui de l'agent.

 

 

Néanmoins, quelle que soit la situation Posner nous rappelle bien que toutes ces complications apportées à la théorie de l'agence ne remettent pas en cause sa validité, mais rendent simplement plus confuse la mise en place du contrat optimal. 

 

D'ailleurs pour l'auteur, les relations d'agence telles que celles qui lient agent immobilier et vendeur, apparaissent dans des situations très variées et à tout niveau de la société :

C'est le cas entre un propriétaire et un locataire d'appartement, entre un directeur d'entreprise et ses actionnaires, entre une compagnie d'assurance et ses clients, entre un médecin est ses patients, entre le propriétaire d'un restaurant et ses serveurs, entre les politiques et leurs citoyens, entre les juges et le congrès (American Congress) et même les citoyens entre eux.

 

 

Voilà pour une explication succincte de la théorie de l'agence.

Pour résumer, on parle de relation principal-agent lorsqu'un principal cherche à obtenir d'un agent qu'il maximise sa satisfaction alors qu'on se trouve dans une situation d'asymétrie d'information au détriment du principal. Ce problème se résout grâce à la contractualisation. 


 


 

[1] A. SMITH 1776, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Tome 2 p.401

[2] A. BERLE ET G. MEANS 1932, The modern corporation and private property, Commerce Clearing House, N.Y., 1932

[3] A. ALCHIAN ET H. DEMSETZ 1972, Production information costs and economic organisation, American Economic Review vol. 62, n°5 

[4] M. JENSEN ET W. MECKLING 1976, Theory of the firm: managerial behavior, agency cost, and ownership structure, Journal of Financial Economic pp. 305-360

[5] R. COASE 1937, The Nature of the Firm  

 

Publié dans Théories économiques

Commenter cet article

Philippe 09/01/2007

Avec ça je vais briller dans mon prochain repas de famille...mon frère est agent immobilier !

claire 30/12/2007

merci pour cette magnifique explication jai enfin saisi les grandes lignes merci merci ! partiel economie des entreprises la semaine prochaine si jai une question sur la theorie de lagence je penserais a vous et aux agents immobiliers ! nickel

hanane 16/10/2008

merci pour cette information, bonne continuation et à la prochaine

Quentin 05/09/2009

Très bonne définition de la théorie de l'agence, merci à vous !

karima 27/02/2010


Merci, pour cette explication
j trouve que ce blog est vraiment utile