SONDAGES VS. STATISTIQUES : QUE PENSER DE L'EVOLUTION DU POUVOIR D'ACHAT ?

Publié le par Ego

La question de l'évolution du pouvoir d'achat est devenue un enjeu majeur de la campagne présidentielle. Tous les candidats, à droite comme à gauche, s'engagent à prendre des mesures qui permettront de lutter contre ce fléau.
Cette promesse ne poserait aucun problème si elle ne reposait pas sur une analyse biaisée de la réalité laissant penser que, depuis plusieurs années, le pouvoir d'achat moyen des Français diminue
 
 
En comptabilité nationale on s'intéresse, pour mesurer le pouvoir d'achat, au pouvoir d'achat du revenu disponible brut (RDB). Ce dernier est calculé en déduisant de la croissance des revenus, l'augmentation des prix, les deux étant des moyennes nationales.
Pour déterminer l'augmentation des prix on utilise un indice des prix à la consommation (IPC) qui permet de mesurer la variation, par rapport à une année antérieure, du prix d'un panier de biens. Ce panier est réévalué tous les ans afin de coller au plus juste aux nouvelles habitudes de consommation.
 
Selon l'INSEE, le pouvoir d'achat du RDB, s'il a moins augmenté ces quatre dernières années (+ 1,1 % en 2005), ne diminue absolument pas : voir ici. 
 
Mais alors pourquoi les Français sont-ils persuadés du contraire ?
 
Puisque l'appréciation du revenu se fait assez rationnellement par la population (en tenant compte des variations démographiques au sein d'un foyer), le décalage réalité/perception résulte probablement d'un biais dans l'évaluation de l'augmentation des prix.
 
On peut l'expliquer d'au moins deux manières :
- Premièrement l'appréciation objective se heurte à un problème d'augmentation de la qualité. Par exemple aujourd'hui, un foyer est susceptible de dépenser 1.000€ dans l'achat d'un téléviseur LCD, alors qu'avant que cette technologie n'apparaisse il n'aurait dépensé que 200€ pour l'achat d'un produit à usage analogue. Aussi le phénomène augmente-t-il sensiblement les dépenses du foyer, sans que l'INSEE ne puisse, toutefois, le prendre en compte puisque ces choix de substitution sont le voeu des consommateurs : chacun est libre d'acheter des produits de gamme inférieure.
- Un autre problème est soulevé par un écueil d'estimation des prix. On remarque en effet beaucoup plus les variations de prix, même faibles, qui concernent des biens que l'on consomme régulièrement que celles, fussent-elles élevées, de biens consommés occasionnellement. Or il s'avère que depuis quelques années le prix de certains biens de consommation courante augmente, alors que les baisses se font plutôt sur des biens dont l'achat est épisodique.
 
Prenons l'exemple d'un pack de 4 yaourts vendus 1,30€ et d'un ordinateur portable d'une valeur de 1000€. Depuis 2000, le prix des premiers a augmenté d'environ 10%, soit 0,13€. Sur la même période, le prix d'un ordinateur portable est passé (au minimum) d'environ 1500 à 1000€, soit une baisse de 500€. En d'autres termes il faudrait acheter 3847 lots de 4 yaourts, pour que l'augmentation du prix des yaourts soit supérieure à la baisse du prix de l'ordinateur.
 
Mais la fréquence d'achat du matériel informatique étant beaucoup plus faible que celle des yaourts, on ne se rend pas compte que ces prix baissent.
Le raisonnement peut être élargi à une vaste gamme de produits (vêtements ou abonnements téléphoniques & Internet par exemple) qui dans leur ensemble compenseraient, d'après l'INSEE, la hausse du prix des autres produits.
 
 
 
Il ne s'agit pas dans cet article, en montrant ce décalage, d'affirmer que l'indice de l'INSEE est parfaitement fiable. Mais puisqu'on ne nous présente pas d'indice alternatif sérieux démontrant une baisse du pouvoir d'achat, nous ne pouvons pas le remettre en cause : rappelons que l'avis de la population, même majoritaire, ne peut faire figure de vérité (un petit click ici pour s?en persuader !).
 
 
Enfin la question est-elle de savoir quel est le problème posé par cette confusion entre baisse du pouvoir d'achat et sensation de baisse du pouvoir d'achat.
Son utilisation par les médias constitue une véritable désinformation qui alimente le ressenti des consommateurs et finalement les trompe. Or quand on connaît l'impact du moral et de la confiance d'une population sur sa consommation, composante importante de la croissance, on comprend bien que l'enjeu est crucial. 
D'autre part cela n'incite pas les politiques à s'interroger sur les causes réelles de ce sentiment chez les électeurs et ne les pousse donc pas à agir en conséquence. 
Ainsi si on ne le lui fait pas remarquer, ne nous étonnons pas, dans 5 ans, de voir le gouvernement en place nous certifier qu'il a rempli son engagement de hausse du pouvoir d'achat avec preuve à l'appui...les chiffres de l'INSEE !
 
 
 
 
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

tonio 14/01/2007 23:01

L’article était passionnant (et pas dénué d’humour … la référence à QPC était particulièrement bien trouvée …) et je trouve ce blog de plus en plus intéressant. Un seul mot continuez …

 

Je me suis souvent posé la question du paradoxe du pouvoir d’achat et j’ai trouvé là des réponses tout à fait éclairantes et convaincantes. Une conclusion qu’on peut en tirer est que le panier d’achat tel que mis en place par nos chers politiques est loin d’être pertinent. Il y a en effet des familles qui n’acheteront jamais d’ordinateur (trop cher) et pour elles savoir qu’elles ont virtuellement économisé 500€ (où même un pro-rata de cela pour prendre en compte la périodicité classique de ce type d’achat, par exemple 3-4 ans) est un non-évènement.

 

Proposons en revanche de créer un site Internet qui s’appellerait : panierdachat.com et dans lequel nous pourrions chacun, en fonction de nos habitudes que nous pourrions renseigner, créer notre propre panier d’achat et ainsi savoir si nous avons perdu ou gagner du pouvoir d’achat – en temps réel.

 

Une autre idée serait de créer des paniers d’achat par tranche de revenues (à chaque tranche un panier d’achat moyen serait imaginé – cela permettrait de gommer certaines distortions).

 

A+

Nellou 13/01/2007 20:45

C'est un bon blog , ça ...

Eve 13/01/2007 19:03

Vous dites à propos de l'augmentation de la qualité : "chacun est libre d'acheter des produits de gamme inférieure", mais croyez-vous que c'est vraiement toujours le cas ? On a quand même un peu tendance à nous forcer la main !

J-N 13/01/2007 14:47

Je suis tombé sur votre blog un peu par hasard et je ne regrette vraiment pas ! Les articles sont extrêmement intéressants,  c'est rare de trouver des blogs dont l'auteur a quelque chose à dire. Toutes mes félicitations et bonne continuation...

Seb 13/01/2007 12:27

Merci pour ces explications... J'y vois plus clair !