PETITE ANALYSE DE TEXTE DU DISCOURS PRONONCE PAR M. SARKOZY LE 14 JANVIER 2007 LORS DE SON INVESTITURE

Publié le par Ego

Avant d’entrer dans le fond du sujet intéressons-nous brièvement à la forme :
On remarque assez vite que Sarkozy a bien changé, comme il le répète à plusieurs reprises lors du discours. La voix est plus posée que d’habitude, les gestes ont perdu en amplitude et gagné en sérénité. Peut-être la gestuelle est-elle d’ailleurs plus importante encore que le propos, mais étant parfaitement incompétent dans ce domaine, je m’en remettrai à une analyse du verbe…
 
Voici les points majeurs, selon moi, dudit discours et des morceaux choisis qui les illustrent :
 
 
Utiliser la mémoire collective pour émouvoir
Sarkozy joue avec aisance sur la fibre sensible de l’inconscient collectif. Sortir du rationnel pour augmenter son charisme, émouvoir pour convaincre, le procédé est éprouvé depuis longtemps, mais peu sont capables en politique, d’arracher des larmes avec autant d’aisance que le candidat de l’UMP.
 
- « Je veux rendre hommage à Jacques Chaban-Delmas, général de la résistance à 29 ans »
- « J'ai changé quand j'ai visité le mémorial de Yad Vashem dédié aux victimes de la Shoah »
- « Je me suis dit alors que c'était cela la politique : faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle »
- « A Tibhirine, j’ai compris ce qu'est la force invincible de l'amour et le sens véritable du mot « tolérance » »
- « Car elle n'est pas finie la France. Parce que dans mon coeur comme dans mon esprit, la France ne veut pas, ne doit pas, ne peut pas mourir »
- « Le but de la République c’est d’arracher du coeur de chacun le sentiment de l’injustice »
 
 
Rappeler sa simplicité, ses faiblesses et sa proximité
Sarkozy n’est pas un énarque et il compte bien en faire une force. Il joue à maintes reprises sur le registre du mimétisme avec les électeurs. Même ses échecs personnels font sa force.
 
- « Cette émotion qui me submerge au moment où je vous parle, je vous demande de la recevoir simplement comme un témoignage de ma sincérité, de ma vérité, de mon amitié »
- « moi petit Français au sang mêlé »
- « J'ai changé parce qu'on change forcément quand on est confronté à l'angoisse de l'ouvrier qui a peur que son usine ferme »
- « On ne peut pas partager la souffrance de celui qui connaît un échec professionnel ou une déchirure personnelle si on n’a pas souffert soi-même. J’ai connu l'échec, et j'ai dû le surmonter »
 
 
Rester dans l’affectif pour traiter de l’économique 
Néanmoins, si l’utilisation d’une symbolique de l’ordre de l’émotionnel peut séduire a priori, Nicolas Sarkozy fait également un pari risqué dans la mesure où il a tendance à traiter des sujets concrets sous un angle analogue. Dès lors son argumentation se fait plus fragile.
 
- « Opposer ce sentiment religieux à la morale laïque serait absurde »
=> Pas si absurde que ça si on prend le temps de relire Averroès, St Thomas d’Aquin, Machiavel, Hobbes ou Locke.
 
- « Je veux que les entreprises qui investissent et qui créent des emplois paient moins d’impôt sur les bénéfices »
=> Puisqu'il fait partie de la vie d'une entreprise de créer des emplois à certains moments et d'en détruire à d'autres, cela signifie-t-il que leur taxation dépendera de leur santé ? Plus vous allez bien, moins on vous taxe, plus vous allez mal, plus on vous pressure ! Intéressant, ça nous rapelle son idée de taxer les entreprises qui délocalisent...
 
- « Le travail est dévalorisé, la France qui travaille est démoralisée »
=> La grande majorité des Français travaille, jouer avec le sentiment d’injustice ressenti par la population est attrayant, mais risqué car il est difficile de lutter contre cette sensation qui repose sur de l’irrationnel.  
 
- « Je veux taxer le pollueur plutôt que le travailleur »
=> Si la taxation du pollueur doit permettre de régler les problèmes de pollution, ce qui semblait logique jusqu’ici, elle n’a rien avoir avec la question de la taxation du travailleur. Si maintenant Sarkozy décide que les pollueurs compenseront la diminution de la taxation du travailleur, encore faut-il montrer l’efficacité et l’acceptabilité de la mesure.
 
- « Je veux taxer les importations qui ne respectent pas les normes internationales plutôt que le travail »
=> Taxer les importations est inepte (cf. mon article sur Marine Le Pen ici). Quelles normes internationales ? Taxerons-nous les importations en provenance des USA car le pays n’a pas ratifié le protocole de Kyoto ? Est-il légitime d’imposer nos règles au reste du monde ?
 
- « Mais je veux avoir la liberté de dire que l'Europe doit se doter de frontières, que tous les pays du monde n'ont pas vocation à intégrer l'Europe à commencer par la Turquie. A s'élargir sans limite on prend le risque de détruire l'union politique européenne, je ne l'accepterai pas »
=> Mettre la Turquie sur le même plan que le reste du monde en matière d’intégration dans l’Union Européenne c’est insultant pour ce pays à qui une promesse a été faite il y a plusieurs décennies. En l’occurrence la Turquie renforcerait l’union politique européenne (cf. mon article ici).
 
- « La concurrence doit être loyale. Ce n'est pas loyal d'imposer à nos entreprises de se battre avec des concurrents qui ne respectent aucune règle environnementale, sociale, morale »
=> On ne peut imposer ces règles aux pays émergents, alors que nos économies avancées se sont développées sans elles. Par ailleurs, quel est le standard moral dont il parle ?
 
 
Conclusion, le double jeu du rassemblement politique : menace ou opportunité ?
Si Sarkozy se veut rassembleur de la droite, jusqu’à l’extrême, à laquelle il s’adresse sans complexe (il fait référence à Jeanne d’Arc et a tendance à stigmatiser les immigrés), il se réclame également d’une gauche qui ne se reconnaîtrait pas dans Mme Royale et n’hésite pas à citer Blum ou Jaurès.
Ce procédé traduit une stratégie duale : d’un côté on voit bien sa volonté de lisser son image et de contredire les sondages qui encore aujourd’hui montrent qu’il est inquiétant pour beaucoup de Français. D’un autre il maintient sa séduction sur l’extrême droite
Le procédé ne risque-t-il pas d'être contre productif ?
 
- « Ma France, c’est celle des Français qui votent pour les extrêmes non parce qu’ils croient à leurs idées mais parce qu’ils désespèrent de se faire entendre. Je veux leur tendre la main »
- « Ma France, c’est celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum et qui ne se reconnaissent pas dans la gauche immobile qui ne respecte plus le travail »
- « Ma France, c’est celle de tous ces Français qui ne savent pas très bien au fond s’ils sont de droite, de gauche ou du centre parce qu’ils sont avant tout de bonne volonté »

- « Je n'accepte pas qu'on veuille habiter en France sans respecter et sans aimer la France. Je n'accepte pas qu'on veuille s'installer en France sans se donner la peine de parler et d'écrire le Français »

- « Je combats la loi des tribus parce que c'est la loi de la force brutale et systématique »

=> De quelles tribus parle-t-il ?

- «  La République réelle à laquelle je crois c’est celle qui veut une école de l’autorité et du respect où l’élève se lève quand le professeur entre, où les filles ne portent pas le voile, où les garçons ne gardent pas leur casquette en classe »

=> Voile et autorité ? Je ne crois pas que la question soit là.

- « Nous ne pouvons plus continuer avec une Europe sans préférence communautaire, où un pays membre peut décider unilatéralement de régulariser massivement ses immigrés clandestins sans demander l’avis de personne alors que ses frontières sont ouvertes »

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Présidentielles 2007

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ardee 03/02/2007 17:44

Bravo et merci pour ces commentaires brillants. C'est concis et simple en même temps. Je recommanderai votre site.

mog 29/01/2007 14:54

Bien que trouvant votre site sympathique , je pense toujours qu'il est triste de ne s'intéresser qu'aux entreprises , à l'europe et aux autres même si ce sont des sujets importants . Quand allons-nous voir les politiques se préoccuper des français de base , ceux qui aimerait que le prix des légumes, de la viande du poisson et du fioul diminue afin de pouvoir vivre et justement se payer des extras . Une fois de plus je pense que cette campagne va passer à côté de ce gros problème . Et puis s'il vous plaît répondez à nos courriers , le toput n'étant pas d'entasser des lettres . Sur mon blog je réponds à tout le monde que les gens soient d'accord ou non . Si vous y allez vous verrez ce que pense une partie de la france profonde qui se moque de qui va gagner pour peu que les choses changent . Bonne soirée

filaplomb 26/01/2007 23:24

Très bonne analyse que je partage en grande partie ! Bravo !:-)

Mog 17/01/2007 21:11

Il est bien évident qu'entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, il n'y a pas photo. Sarkozy croit vraiment à ce qu'il dit. Ségolène Royal cherche ses idées en admettant qu'elle en ait. J'en profite pour vous inviter à mon blog dont j'ai mis le lien ci dessus et reviendrai régulièrement sur le votre que je trouve très agréable. Bonne soirée

Em 17/01/2007 18:12

Sarkozy a été bluffant avec son discours ! C'était souvent un peu démago,mais j'ai vu plein de gens avec les larmes aux yeux ! Excellent blog, je m'inscris à la newsletter...