UNE VRAIE PROPOSITION POUR QUE PRESIDENTIELLES NE RIMENT PLUS JAMAIS AVEC ABSENCE DE DEBAT*…

Publié le par Ego

Nous constatons tous que, par manque d'idées, ces présidentielles prennent une tournure particulièrement déplorable. J’ai essayé de comprendre pourquoi les débats, quand il y en avaient, étaient si ternes et comment on pouvait y remédier.
 
Il m’apparaît que tout peut s’expliquer par la manière dont sont traitées les propositions des candidats.
Ces derniers disposent de trois voies pour s’exprimer et émettre leurs propositions :
- Lors des meetings, où le candidat (ou ses conseillers) s’adresse à un public conquis.
- Lors des débats télévisés ou radiophoniques, où les candidats s’affrontent sur des sujets divers et/ou sont confrontés à des journalistes.
- Enfin à travers leurs programmes, version écrite de leurs discours.
 
Or dans tous ces cas, on remarque  que, premièrement, pour être attractifs auprès des électeurs ils leur faut brasser un maximum de sujets en un temps particulièrement réduit, ce qui les oblige à rester en superficie. Et d’autre part, n’étant confrontés qu’à leurs adversaires politiques ou à des journalistes, qui ne maîtrisent pas mieux qu’eux les sujets pointus, leurs propositions ne font l’objet d’aucune remise en cause.
 
L’intervention de Marine Le Pen dans l’émission Mots Croisés du 08/01/07, nous en donne un bon exemple : elle s’engage sur un sujet d’économie internationale, fait des propositions totalement ineptes. Mais personne ne la remet en cause, ni les journalises, ni ses débatteurs (voir mon article ici).
 
 
Puisque il est indispensable que les électeurs votent en fonction d’idées et non pas de qualités d’orateur ou d’une sympathie apparente, il est nécessaire qu'on leur donne la possibilité de se forger une opinion sur du concret.
Une des solutions envisageables serait de confronter les candidats à des experts pendant un temps suffisamment long pour qu’ils puissent exprimer un avis poussé et en permanence discuté.
 
 
Un exemple : Les solutions pour l’emploi en France ?
 
S. Royal (ou N. Sarkozy, ou F. Bayrou, ou J-M Le Pen, etc. ils y passeront tous) accompagnée de deux experts choisis par ses soins, doit s’exprimer face à trois économistes dont les travaux dans le domaine de l’emploi sont reconnus.
C’est elle-même qui définit l’objectif de sa politique : par exemple faire passer le niveau du chômage en dessous de la barre des 5 % en 5 ans.
Elle explique très clairement les mesures qu’elle compte mettre en place et dispose pour cela du temps qu’elle souhaite. Les experts peuvent intervenir à tout moment, remettre en cause ce qu’elle propose, la contredire, l’approuver, l’inciter à explorer des voies dont elle n’avait pas perçu l’intérêt à l’origine, lui demander des estimations chiffrées en terme de coût.
Cette confrontation peut durer le temps qu’elle désire, tant qu’elle en a envie elle peut continuer, (pourquoi pas 5, 6 voire 8 ou 9 heures si besoin). A chaque fois qu’un des économistes l’emmène sur un terrain nouveau, elle dispose de 20 minutes pour réfléchir et préparer sereinement une réponse à la question avec ses experts avant de la présenter.
La confrontation est entièrement filmée, les propos sont répertoriés. On met le tout à disposition des électeurs.
 
 
L’intérêt essentiel du procédé est que les candidats sont confrontés à des spécialistes qui peuvent porter un jugement sérieux sur leurs propositions et qui les poussent donc à aller au bout de leur raisonnement. Aussi ne suffit-il pas de dire « il faut redonner le goût du travail aux Français », mais il est nécessaire d’expliquer quels sont les moyens qui vont être utilisés et quel en sera le coût.
On substitue donc au jugement des journalistes celui d’experts, capables de poser les bonnes questions et qui ne se contentent pas d’interroger les candidats sur leur actualité politique.
Par ailleurs, le procédé a le mérite de développer des think tanks sur des sujets variés qui peuvent émettre des idées et un jugement objectif sur les différentes propositions.
 
 
 
Reste encore à convaincre les candidats de se soumettre à ce difficile exercice (« grand oral ») qu'ils peuvent trouver menaçant car il ne s’agit plus d’endormir les électeurs avec de longs discours imprécis.  
Il faudrait commencer par réunir une équipe d’experts, le sujet de l’emploi me semble un bon début (premier think tank). On pourrait par la suite proposer l’exercice aux différents partis, il suffirait que l’un d’entre eux l’accepte pour que la machine soit lancée…
 
 
Qu’en pensez-vous ?
 
 

*Merci à Tonio, notre discussion sur le sujet est à l’origine de cet article.

Publié dans Présidentielles 2007

Commenter cet article

ardee 03/02/2007 19:13

A Ego,Oui, pourquoi ne pas rêver un peu. Lorque le candidat est choisi il suis donc la ligne prévue mais les circonstances peuvent le faire dévier. Dans ce cas on pourrait prévoir disont à mi-mandat et en fin de mandat, une sorte de bilan pour présenter les différences entre les prévisions et les réalisations.En fin de mandat, cela permettrait de savoir s'il mérite d'être réélu.Que de temps gagné à chaque étape! Une fois la machine lancée, on sait toujours de quoi on part, et  on connait parfaitement les raisons des échecs, puisque tout serait enregistré. Donc les experts, les étudiants, auraient une base de travail idéale.Je ne sais pas exactement comment fonctionneraient les juries citoyens de Ségolène Royal, mais je verrais bien  les bilans  avoir  ce rôle.  Une analyse aussi impartiale que possible et le jugement des urnes ensuite.Là on plane à des lieues au-dessus de la campagne actuelle.A christophe,Tu parles de former les journalistes. D'accord pour certains cas, mais souvent ils ne demandent pas la moindre explication sur des sujets tout-à-fait communs. J'ai pafois l'impression qu'ils ont peur de déranger! Le comble.D'autre part, le problèmes de l'impartialité peut être soulevé pour les journaux liés à des groupes industriels, mais lorsqu'il s'agît de chaines de radios ou de télévision publiques, il ne devrait y avoir aucune difficulté... non vraiment je ne vois rien....Merci Ego de nous donner la possibilité de sortir de quotidien, pendant 2 minutes je m'y suis cru.

Francesca 20/01/2007 11:37

Bonjour Ego,
 

Je trouve ton idée particulièrement intéressante. Je rejoins le commentaire d'un des bloggeurs sur la mise en pratique : un des aspects critiques serait l'indépendance des experts et cela même s'ils ne font que poser des questions.
 

Une idée complémentaire serait d'imposer aux candidats de formater toutes les mesures de leur programme sur un modèle/template commun (qu’on pourrait appeler ‘Guide du Programme’) dont les chapitres seraient les mêmes. La structure de ce guide pourrait même être conçu par les fameux experts dont tu parles ; ce serait une manière pour eux de poser les bonnes questions aux candidats.
 

L’intérêt de ce guide serait de permettre à chaque français de comparer vraiment les propositions des candidats sur les thèmes qui l'intéressent. Aujourd'hui il n'est pas possible de le faire. Une des raisons (comme tu le soulignes) c'est que les forums actuels (Télé, discours) ne permettent pas de comprendre les propositions en profondeur. Une autre raison est que chaque candidat choisit de mettre en avant telle ou telle (souvent démagogique !) de son programme, sans présenter de façon complète son plan d'action pour la France.
 

En annexe obligatoire de ce guide, chaque candidat devrait proposer un budget prévisionnel de l'Etat (simplifié par grand poste de ministère), qui devrait intégrer une estimation du coût des mesures proposées. On parle souvent du problème de la dette et des déficits de l’Etat. Malheureusement dans la course à la présidentielle, les mesures démagogiques s'empilent sans qu'on puisse mesurer vraiment leur impact sur le budget et du coup, leur faisabilité.
 

Francesca
 

christophe 19/01/2007 18:48

Je suis contreLe politique est-il un expert ? Chaque fois qu'un expert est devenu un politique, il n'a rien apporté, ce n'est donc pas un critère...Le politique doit s'adresser au plus grand nombre, pour cela il doit être clair sans tomber dans le simplisme, faire preuve de pédagogie etc....Moi j'ai une autre proposition: si on formait les journalistes ? Si on séparait les journaux des grands groupes industriels ?Je pense que si cela continue, les journalistes ne seront que des individus qui mettront en page les dépêches AFP, le travail d'analyse, de critique, sera réalisé ailleurs... devinez où ?

David 19/01/2007 13:02

Je ne comprends pas les commentaires de ceux qui disent que ce n'est  pas realisable car les experts ne peuvent pas etre parfaitement objetif. Si j'ai bien compris l'article, ego ne leur demande pas de juger, mais simplement de poser les vrais questions aux politiciens (pas comme ce qui se passe avec les journalistes) pour que le debat avance et qu'on en finisse avec une campagne vraiment ininteressante !
Je trouve l'idée simplement géniale ! A mettre en place avant mai...

 
 
 
 

Barbarette 19/01/2007 12:10

C'est une idée généreuse, ambitieuse, mais en effet, sans parler uniquement économie, les experts qui accepteraient de poser ces questions et analyser les propos des personnalités politiques auraient-ils l'objectivité nécessaire à l'exercice, sans parti pris politique?