EADS & INTERVENTION DE L’ETAT : UN DILEMME BIEN FRANÇAIS

Publié le par Ego

 

 
  
Depuis quelques jours maintenant, dans le monde politique, chacun y va de son petit mot tendre à l’attention des salariés d’Airbus. Encore une fois l’actualité économique s’avère être un bon terreau de campagne. Mais le souci d’augmenter sa cote de popularité pour un politique est-il compatible avec la pérennité d’Airbus (et plus globalement de l’économie) à long terme ? Rien n’est moins sûr !
 
 
 
  
Analyse d’un paradoxe politico-économique
 
  
Ségolène Royal n’a pas perdu de temps. Elle s’est engouffrée bien rapidement dans la brèche de l’actualité…peut-être un peu trop !
  
- Il y a peu, elle fustigeait les entreprises destructrices d’emplois (voir ici), comme Nicolas Sarkozy avant elle (voir ici). Les deux candidats allaient en effet jusqu’à exiger une taxation supérieure ou le remboursement des aides allouées par l’Etat pour les mauvaises élèves : celles qui font le choix de fermer une usine alors que leurs profits augmentent.
- Aujourd’hui, face à la dure réalité, voilà qu’à gauche (mais aussi parfois à droite) une nouvelle idée surgit : il faudrait pour le cas EADS, que l’Etat (en l’occurrence les collectivités régionales) entrent dans le capital de la société pour éviter que des décisions de licenciement ne soient prises sans concertation avec les décideurs publics.
 
 
=> Ces deux initiatives qui se donnent chacune pour but de sauvegarder l’emploi sont pourtant radicalement opposées. J’ai déjà donné mon avis sur la première ici et , que penser maintenant de la seconde ?
 
 
 
L’idée de faire entrer les collectivités régionales dans le capital d’EADS n’est pas dénuée de sens, en effet si l’Etat devenait actionnaire du groupe il pourrait, effectivement, participer à la prise de décisions et donc notamment s’opposer à celles qui visent à supprimer ou à délocaliser des sites de production (ou autre)*.
Toutefois, cela ne peut se faire qu’à condition que sa prise de participation soit suffisante pour peser dans la balance. Et c’est là que le bas blesse
   
- Premièrement, rappelons que les capacités de financement des collectivités proviennent, évidemment, de l’impôt. Il serait donc bon d’interroger les citoyens sur l’utilisation que l’on fait de leur argent : Alors que chacun s’offusque des aides phénoménales qui sont déjà accordées aux entreprises (65 milliards d’euros en 2005 selon le Figaro, voir ici), quelle est la légitimité d’une prise de participation de l’Etat dans une entreprise ? L’Etat a-t-il vocation à acquérir des actions avec l’argent d’une majorité de contribuables pour défendre les intérêts d’une minorité de salariés ?
  
- Deuxièmement, selon quels facteurs l’Etat décidera, ou non, d’intervenir de cette manière pour soutenir une entreprise : le nombre de salariés, le chiffres d’affaires de la firme, la mauvais gestion, l’orientation stratégique, etc. ? Pourquoi, une fois encore, investir dans des géants internationaux et ne pas aider des petits acteurs qui rencontrent autant, voire plus, de difficultés et qui créent dans l’ensemble plus d’emplois ?
   
- Troisièmement, s’il y a de l’argent dans les caisses des régions, ne peut-on pas trouver des solutions plus efficaces (voire plus efficientes) pour préserver ou dynamiser l’emploi : Utiliser cet argent pour accompagner les salariés licenciés dans la recherche d’un nouvel emploi ou, pourquoi pas, dans la création d’entreprises. Financer des formations. Soutenir le tissu industriel local en aidant les petites entreprises (qui représentent 90% des emplois en France).
  
- Enfin dernier problème posé par la mesure (et pas des moindres), quelle peut être la gouvernance d’une entreprise qui compte parmi ses actionnaires différentes régions qui ont des intérêts directs dans la sauvegarde de leur propre bassin d’emplois. Va-t-on assister à une concurrence (comme c’est aujourd’hui le cas entre la France et l’Allemagne) entre les régions qui voudront s’assurer qu’en cas de grandes difficultés pour EADS, ce sera chez elle que les usines seront maintenues et pas chez la voisine ?
 
  
 
Pour conclure, au-delà de la tragédie qui risque de toucher les salariés d’Airbus victimes du plan social en question, on se trouve confronté à un vrai choix de société posant la question du rôle de l’Etat en matière de sauvegarde d’emplois : jusqu’où les politiques en faveur de la lutte contre les suppressions d’emplois sont-elles efficaces ?
N’est-ce pas un profond aveu d’impuissance que de lutter contre des destructions d’emplois, parfois inévitables, alors que les citoyens attendent des pouvoirs publics, qu’ils développent des solutions de long terme pour restaurer leur confiance ?  
 
  
  
* En réalité l'Etat français est déjà actionnaire d'EADS à hauteur de 15%, mais pour pouvoir se maintenir dans le capital du groupe, il avait dû renoncer à son droit d'intervenir en matière de gestion opérationnelle de l'activité de l'avionneur. Il s'agit du pacte d'actionnaire négocié par Lionel Jospin (premier ministre) et Strauss-Kahn (ministre de l'économie) à l'époque.   
 
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Ego 07/03/2007 19:09

Merci à tous pour ces nombreux commentaires !
@ Olibo, Je ne dis pas qu'il est nécessaire d'aider les PME (je pense d'aileurs lec ontraire) mais je pose simplement la question de la légitimité d'aider un grand groupe plutôt qu'une petite entreprise.
@ elami, je suis parfaitement d'accord, c'est une excellente manière de soutenir une entreprise indirectement et il vrai que c'est un bon moyen pour boeing d'assurer des entrées de cash régulières.
@ jo, les régions sont-elles bien placées pour utiliser ce type d'informations ?

Ego

jo 07/03/2007 13:41

la prise de parts dans le capital d\\\'airbus (même minime), par les régions, ne pourrait-elle pas leur permettre de détenir des informations (besoins, évolution, santé du constructeur), qui seraient nécéssaire à une stratégie de développement économique régionale. Cela pourrait notamment passer par le développement et surtout une adaptation de certaines activités régionales aux besoins d\\\'airbus.

norme 07/03/2007 00:24

ok avec olibo !
Et avec ego bien sûr... très bon blog !

olibo 06/03/2007 20:42

A niceday :
Certes la parité euro/dollar a forcément un impact sur les compétitivités respectives d'Airbus et de Boeing (encore que la couverture de change, pour atténuer les variations, ça existe), mais prétendre que le Dollar est sous-évalué (cf le montant des réserves asiatiques qui pourraient, si mises sur le marché, faire plonger le dollar et provoquer une crise mondiale), et surtout, pour des raisons électoralistes qui consistent à rejeter les erreurs d'airbus sur les méchants américains et la méchante BCE, prétendre que c'est la principale cause du plan power 8, c' est pour moi risible.

noemie 06/03/2007 19:08

très bon travail !