MICROSOFT S’EN PREND À GOOGLE POUR NON RESPECT DES DROITS D’AUTEUR…MAIS AU FAIT D’OU VIENNENT LES DROITS D’AUTEUR ?

Publié le par Ego

           

               Hier, on apprenait que Microsoft souhaitait attaquer Google pour sa démarche « cavalière » vis-à-vis des droits d’auteur. Pour Thomas Rubin, conseiler juridique de Microsoft, avec le projet Google Books, le géant d’Internet « viole systématiquement les droits d’auteur, prive les auteurs et les éditeurs d’une importante possibilité de revenus […] et, ce faisant, sape leur motivation à créer » (voir ici). 

      

      

Voilà une bonne occasion pour moi de vous proposer un petit rappel historique concernant la naissance des droits auteurs :  

   

                  

C’est en 1710, qu’apparaît de l’autre côté de la manche (je précise que je me trouve en France) la première forme de protection juridique des œuvres artistiques. C’est en effet sous le règne d’Anne Stuart (1702-1714) qu’est mis en place le Statute of Anne qui donne à l’auteur, et non à l’éditeur, un droit exclusif sur la réimpression de son œuvre pour une durée de 21 ans (pour les ouvrages déjà édités) et un droit de 14 ans pour les nouveaux ouvrages avec possibilité de renouveler la protection une fois.   

   
Cette volonté de protéger le travail des auteurs est notamment née de l’intérêt croissant qui s'est porté sur l’héritage grec et latin, face à une soif de connaissance en pleine explosion.
Anne Stuart, particulièrement cultivée, a en effet vite compris l’intérêt pour le savoir, lui-même, de mettre en place une protection visant à développer la motivation à créer. D’autant que le développement des techniques d’impression a fortement diminué l’avantage concurrentiel dit du pionnier : Pendant longtemps, l’effort fourni par le premier auteur et/ou éditeur représentait un investissement tel, qu’aucune concurrence ne se lançait sur un marché déjà occupé.
   
     
   
J’ai parlé de l’héritage grec et latin car le phénomène de protection est particulièrement important en matière de traduction :   
   
Si je suis le premier à traduire tout Aristote en langue anglaise, je fournis un travail considérable qui, sans protection par droits d’auteur, est rémunéré à même niveau que le travail de n’importe quel individu qui se contentera de recopier ma traduction pour la vendre.
Dans ce contexte, la motivation financière à faire la première traduction est extrêmement faible, ce qui nuit finalement à la connaissance dans son ensemble.
   
  
  
 
  
On constate donc que le concept de copyright, tel qu’il est né en Angleterre, ne constitue pas un droit naturel, mais une politique incitative mise en place par des autorités responsables et dans un contexte particulièr.
   
  
Or aujourd’hui, l’attaque de Microsoft contre Google se place dans un cadre juridique identique à celui du début du 18ème siècle, mais le contexte de la création artistique est-il comparable de nos jours ? Rien n’est moins sûr…
  
 
  
 
  

Publié dans Economie de la culture

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estate 09/03/2007 14:26

 
 
Excellent blog

hihi 09/03/2007 00:01

du bon travail ce blog...

Olibo 08/03/2007 12:35

En attaquant Google sur le terrain des auteurs, Microsoft cherche en fait à se protéger lui-même. Il s'agit d'une part de protéger ses "oeuvres" propres, et d'attaquer le système des logiciels libres, dans lequel il aimerait s'insérer mais à sa façon. En défendant les "pauvres" auteurs, il donne un accent plus populaire à sa propre défense (dont la légitimité au moins de principe n'est pas à remettre en cause par ailleurs).
Je rappelerai juste à notre ami Bill que sa stratégie n'a pas toujours été de protéger à tout prix ses logiciels...
En effet, après avoir "verrouillé" son revenu avec Ms-DOS puis Windows équipant en standard les PC, il a permis la diifusion de ses autres produits (le pack office) en les ... donnant !
En effet, quel particulier, et surtout étudiant, a dans les années 80-90 payé pour avoir word excel ? Il n'y avait aucune protection et je n'ai jamais entendu parler d'une quelconque sanction pour piratage...
Ces produits étant à l'époque très chers, ce furent donc les entreprises (plus contrôlées) qui payèrent les frais de développement. De plus, psychologiquement, le fait que ces produits soient chers mais faciles à copier les rendirent encore plus populaires !
Ainsi, nous avons tous, été formés à l'utilisation de word, Excel, etc. rendant ainsi incontournables ces logiciels pour les entreprises. La concurrence a été détruite.
Maintenant, avec les mises à jour internet, les protections sur la copie, il est moins facile de travailler avec des copies pirates (d'autant qu'en tenant compte de l'indice des prix, les nouvelles versions sont beaucoup moins chères qu'en 90, rendant ainsi moins valable la prise de risque de copie).... Mais il n'y a plus de concurrents, exceptés les logiciels libres...

CML 08/03/2007 07:45

Encore un article très intéressant. Bravo. Je ne pensais pas que cette notion de "droits d'auteur" était si ancienne et pourtant elle me semble pour l'instant incontournable dans mon domaine : l'édition de documents et logiciels spécialisés...

J-N 07/03/2007 23:34

 
 
Ils sont forts ces anglais