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Europe

Vendredi 28 avril 2006

Il est depuis quelques temps à la mode de critiquer l'Euro, voire de réclamer le retour du Franc... Avec des arguments pseudo-économiques, on tente de vous faire croire que tout va mal ! J'aimerais démonter les 5 arguments que vous pourrez facilement rencontrer sur le net et ailleurs...

 

1er Argument :

Les performances comparées de la zone euro et de la zone non-euro révèlent un très net avantage à cette dernière. D’un côté une croissance anémiée, le chômage de masse, des déficits structurels, de l’autre (Royaume-Uni, Suède, Danemark), des taux de chômage beaucoup plus faibles, une croissance forte et des déficits limités. Voilà pourquoi les trois pays hors euro rappellent régulièrement qu’il n’adopteront pas la monnaie unique !

=> Argument totalement inepte ! Avant l'Euro, le Royaume Uni avait déjà de meilleures performances que la France. Résumer la forte croissance et le faible niveau de chômage de ces économies à un refus de la monnaie unique n'a aucun sens. Les scientifiques ont pour habitude de n'effectuer de comparaisons qu'en vérifiant le sacro saint "toute chose égale par ailleurs" c'est loin d'être le cas ici ! Sinon nous pourrions dire : La France est plus performante que l'Ouganda, la France utilise l'euro et pas l'Ouganda, c'est grâce à l'Euro que nous sommes plus performants ! (A peine plus extême ce raisonnement est bien le même)

2eme Argument:

Raison la plus technique, mais finalement très simple à comprendre : la zone euro n’est pas ce qu’on appelle une « Zone Monétaire optimale » (ZMO), c’est à dire un groupe de pays ou régions dont les économies sont fortement imbriquées. Les Etats-Unis sont une ZMO alors que les économistes s’accordent pour dire que la zone euro est loin d’en être une. Les échanges en son sein ne représentent que 15% du PIB de la zone, ce qui est très faible comparé aux Etats-Unis. De plus, peu de travailleurs d’un pays européen acceptent d’aller exercer leur emploi dans un autre, ce qui ne permet pas à l’Europe d’être une ZMO. Enfin, le budget européen est extrêmement faible, ce qui n’autorise aucun transfert budgétaire au sein de la zone euro, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis. Pour résumer, la zone euro n’est pas une zone optimale d’un point de vue monétaire. L’existence d’une monnaie unique dans cette zone n’est donc pas une bonne solution et représente un frein terrible à la croissance.

=> Il est toutefois intéressant de noter que beaucoup d'études montrent que la France, si on la découpe selon ses régions, n'est pas non plus une ZMO, donc que fait-on ? Une monnaie pour chaque région ? D'ailleurs même concernant les USA les recherches sont contradictoires...

Enfin je tiens à préciser que dire que les échanges au sein de la zone ne représentent que 15% du PIB, n'a absolument aucun intérêt ! Premièrement je ne sais pas d'où provient ce chiffre et deuxièmement même s'il est correct, il convient de rappeler qu'un pays comme la France ralise 62% du total de ses exportations avec l'UE (source : INSEE), donnée qui a nettement plus de valeur et de pertinence que celle que vous avancez !

3ème argument

L’euro impose aux Etats européens une politique unique en matière de taux d’intérêt et ne permet pas les dévaluations parfois nécessaires. Ainsi, alors que les taux de croissance et d’inflation sont souvent très divergents au sein de la zone euro, par exemple entre l’Allemagne et l’Espagne, les solutions sont obligatoirement les mêmes avec une monnaie unique. D’autant que les Etats ne peuvent pas corriger les désagréments d’un tel système grâce à leur budget puisque celui-ci est très fortement contraint par le pacte de stabilité (les fameux critères de Maastricht). Même intuitivement, on comprend très bien l’absurdité de cette situation. C’est comme si tous les malades d’un hôpital devaient recevoir le même traitement ! Sortir de l’euro pour retrouver des marges de manœuvre et une politique plus finement adaptée à nos besoins spécifiques, tout en collaborant avec nos partenaires, voilà la solution !

=> Il ne s'agit pas d'un argument mais d'un fait ! En effet selon le triangle d'incompatibilité de Mundell il ne peut y avoir politique monétaire indépendante, taux de change fixe et parfaite mobilité des capitaux. Vous avez le droit de penser que sortir de l'Euro et mener une politique de dévaluation compétitive serait "une politique plus finement adaptée à nos besoins spécifiques" c'est loind d'être mon cas !

4ème argument

La quatrième raison est historique. En effet, l’histoire nous a montré que les monnaies plurinationales ont toujours échoué, que ce soit en URSS, en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie ou au XIXème siècle entre la France, l’Italie, la Suisse et la Belgique (« l’Union latine »). La création de l’euro a été voulue par des apprentis sorciers gavés d’idéologie. Voilà qui n’est pas sain.

=> "Il ne savait pas que c'était impossible alors il l'a fait !" Jamais pareille chose n'avait été tentée,, aucune comparaison n'est possible ! Et puis, quand bien même, l'argument historique est bien mince, c'est d'ailleurs le principe de l'Histoire : Pendant longtemps beaucoup échouent et un beau jour quelqun réussit...

5ème argument

Enfin, l’euro facilite structurellement l’inflation. Chacun l’a constaté, et les associations de consommateurs l’ont confirmé, les prix ne cessent d’augmenter depuis le passage à l’euro. C’est vrai en France mais également en Allemagne ou en Italie. Cette inflation est due à la perte de repères dont certains ont su profiter, mais aussi à une raison toute simple qui ne disparaîtra pas : l’unité minimale de l’euro vaut 6,55957 fois plus que l’unité minimale du franc ! Dès lors, même une petite hausse de prix est beaucoup plus importante qu’une petite hausse du temps du franc. Quand un objet coûtait 1 franc plus cher autrefois, il coûte désormais 50 centimes ou même 1 euro plus cher, soit une augmentation 3 à 6 fois supérieure ! Cela s’explique par l’importance des prix « ronds », des prix « psychologiques » qui imposent des augmentations tout aussi « rondes », et donc plus fortes qu’avant. Le marketing a ses règles, et quoi qu’on puisse vous dire, elles ne changeront pas !

=> Si je comprends bien il suffirait que la parité passe à un Euro pour un Franc (peu importe les autres monnaies) et vous seriez content ?

Pourquoi ne pas dire aussi que l'Euro a permis de limiter l'impact de l'augmentation du prix du pétrole ? Ou encore que la forte parité de l'Euro par rapport au Dollar exerce une pression à la baisse sur le matériel de haute technologie ? Certains industriels ont probablement profiter de l'Euro pour gonfler leurs prix, c'est de bonne guerre...

J'espère que ces quelques contre-arguments raisonneront dans certains esprits, en tout cas il me semble que l'économie est quelque chose de beaucoup trop sérieux pour quelques énergumènes mal intentionnés s'en servent maladroitement pour faire passer des idées souverainistes d'un autre âge..........

Par Ego
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Jeudi 14 décembre 2006

Nous avons pris l’habitude de voir les responsables politiques français rejeter continuellement les fautes sur les instances européennes face à la moindre difficulté. Une fois de plus les deux candidats favoris dans cette course électorale s’engouffrent dans une brèche probablement ouverte trop vite !

 

  

Mme Ségolène a affirmé qu’il n’appartenait plus à « M. Trichet de décider de l’avenir de nos économies » mais aux « dirigeants démocratiquement élus » (Congrès du PS européen, Porto, le 7/12/2006). Le lendemain elle tempère ses propose sur France 2 en remettant en cause non plus « l’indépendance » de la BCE  mais son « omnipotence ».

 

Quelques semaines auparavant c’est M. Sarkozy qui, dans une interview accordée aux Echos du 7/11/2006, défend le droit d’influencer la BCE comme le gouvernement américain est en mesure de le faire avec la Federal Reserve Bank.

  

Je voudrais tenter d’expliquer succinctement pourquoi il est absolument indispensable que la BCE garde une parfaite indépendance vis-à-vis des nations de la Zone Euro. Je défens trois arguments :

 

 - Mundell (Prix Nobel d’Economie 1999) a montré avec son fameux Triangle d’incompatibilité qu’il était impossible de défendre un taux de change fixe, la libre circulation des capitaux et de mener une politique monétaire en fonction d’objectifs économiques internes (nationaux). 

- Ensuite car il serait bien inconséquent de laisser la politique monétaire entre les mains des gouvernants. Différentes études empiriques ont montré que les gouvernements avaient tendance à mener des politiques de rigueur budgétaire en début de mandat et expansionnistes avant les nouvelles élections (pour simuler une relance économique de court terme), et ce, au détriment d’une croissance solide à long terme. Ce jeu « monétairo-électoraliste » à l’échelle européenne pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur la stabilité de l’Euro. 

 - Enfin car même si nous écartons les deux arguments précédents, la question de la possibilité de mettre en place un procédé permettant à chaque gouvernement de faire valoir leur intérêt propre demeure en suspens.

 

 

  

Pour conclure laissons les économistes faire leur travail !

Et que les politiques arrêtent de nous faire croire que tout est constamment de la faute "à l’Europe" !!! 

 

 

 

Par Ego
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Vendredi 15 décembre 2006

Il y a plusieurs années j’ai suivi les cours du Pr. Ahmet Insel à la Sorbonne. Cet économiste turc est le premier à avoir suscité en moi le désir de défendre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne (UE), son approche était particulièrement intéressante car son argumentation reposait non seulement sur l’intérêt que représente cette entrée pour la Turquie , mais surtout car il a su mettre en exergue l’apport considérable que représenterait cette adhésion pour tous les autres pays de l’Union.

   

 

 

 

 

 

  M. Sarkozy s’est souvent montré très critique sur le dossier turc et il va probablement dans le sens d’une majorité de Français. Malheureusement je crains que cette majorité ne se soit jamais donnée les bonnes clés pour analyser la question.

La gauche, dans son grand élan universaliste, semble, quant à elle, plutôt favorable à la poursuite des négociations. Hélas l’absence d’arguments solides et d’une prise de position claire sur ce point laisse le débat en suspens. Seul Strauss Khan s’exprime clairement sur la question.

Enfin la droite chiraquienne assume un positionnement nettement favorable à cette adhésion, mais le désir naissant de donner la possibilité au Français de se prononcer sur la question par référendum, marque un net recul par rapport à une position qui semblait jusqu’alors parfaitement ferme puisque allant dans le sens de ce qu’avait commencé de Gaulle.

 

 

 Arguments historiques & géographiques : 

- La civilisation européenne est méditerranéenne.

- Depuis la chute de l’Empire Romain d’Orient, la Turquie est présente sur le continent Européen et ce par exemple en Hongrie, Moldavie, Serbie, Bulgarie et la Grèce.

- La Turquie n’a pas été davantage ennemie de l’Europe que ne le fut l’Angleterre ou l’Allemagne de la France.  

- Selon Alain Duhamel : « Les plus honnêtes devront reconnaître que le général de Gaulle a légué la Turquie à la France et que renier sa parole, dix fois confirmée depuis, ruinerait la politique étrangère de la France et compromettrait gravement son influence en Europe » (Libération, 14/05/2004).

- Résumer l’Union Européenne à un contient va à l’encontre des préceptes de ses pères fondateurs.

- Que feraient les opposants à cette adhésion, si la Turquie décidait d’un découpage administratif du pays faisant de la région d’Istanbul la « métropole » et du reste du pays des « départements d’outre Bosphore » ? (Sur le modèle de la France et de ses DOM qui sont bien géographiquement hors Europe). 

 

 Arguments culturels & religieux :  

- L’Union Européenne n’a pas de religion si ce n’est celle de ses peuples.

- La Turquie est un pays laïc, peuplé majoritairement de musulmans comme la France est un pays laïc peuplé majoritairement de catholiques.

- Si l’on veut que l’Europe soit purement chrétienne, quel est le critère religieux admis pour juger de la religion d’un pays : Le pourcentage de représentation des religions au sein de la population ? A partir de quel seuil bascule-t-on d’une religion à une autre ? Que fait-on des athées ? Un pays situé géographiquement en Europe mais à population majoritairement musulmane sera-t-il laissé hors de l’UE de facto ?

- Il y a beaucoup plus de similitudes culturelles entre un Grec et un Turc, qu’entre un Français et un Grec. Or l’UE n’a jamais fait le choix d’un modèle culturel dominant, si ce n’est celui de l’ensemble des peuples qui la compose.

- Accepter la Turquie dans l’UE serait un merveilleux pied de nez au fameux Choc des Civilisations, promis par tous les catastrophistes identitaires qui alimentent le risque.

 

 Arguments géopolitiques : 

- La Turquie occupe une place clé sur le plan géostratégique, d’une part grâce à sa position géographique aux frontières du Moyen Orient. D’autre part en raison de ses relations privilégiées avec les pays musulmans de cette région.

- Les Etats-Unis sont très présents en Turquie, probablement au détriment de la puissance européenne, l’adhésion à l’UE constituerait un atout fondamental de l’Europe politique contre-pouvoir de la suprématie américaine.

 

 Arguments démocratiques : 

- La Turquie n’est pas un régime dictatorial. Contrairement par exemple à la Grèce , à l’Espagne et au Portugal jusque dans le milieu des années 1970 (peu de temps avant leur entrée dans l’UE).

- Le pays fait des efforts considérables, notamment depuis 2001, pour satisfaire aux critères démocratiques que l’UE lui impose implicitement : Elle a ratifié le sixième Protocole de la Convention Européenne des droits de l’homme et a signé le treizième Protocole (abolissant notamment la peine de mort).

- La perspective d’adhésion permettrait d’accélérer le processus de démocratisation du pays (reconnaissance du génocide arménien, reconnaissance de la minorité kurde, etc.).

 

Arguments économiques : 

- Le pays ne rejoindra pas l’UE avant au moins une dizaine d’années.

- Il ne s’agit pas d’accepter la Turquie dans l’UE à n’importe quel prix : Des critères stricts sont à respecter.

- La Turquie a un potentiel de croissance incroyable et elle satisfera à ces critères tôt ou tard. D’ailleurs le pays remplit déjà les critères de Copenhague.

- Le pays possède d’ores et déjà un PIB par habitant supérieur à celui de la Roumanie ou de la Bulgarie , futurs adhérents.

- 70 millions de consommateurs dans un pays émergent : ce sont autant de débouchés pour la demande de nos économies.

 

Argument de la pression démographique 

- Il est bien présomptueux de penser que l’entrée de la Turquie entraînera une poussée démographique vers les pays les plus avancés (dont la France ), le différentiel de niveau de vie ne sera pas suffisant pour justifier une pression migratoire forte surtout si l’on considère le niveau de développement que le pays atteindra d’ici quelques années.

Par ailleurs cet argument devrait être avancé pour tous les nouveaux entrants.

 

 Pour conclure, les seuls arguments solides qui pourraient remettre en cause l’adhésion de la Turquie à l’UE, sont les arguments économiques, or ils s’appliquent tous aux futurs entrants de l’Est européen, et ce, à plus forte raison puisque ces économies sont souvent moins avancées que ne l’est la Turquie.

La question est donc de savoir si nous accepterons dans dix/quinze ans de miser sur un pays susceptible de tirer l’UE vers le haut au cours du siècle, ou si nous ferons, au contraire, le choix de ne pas saisir notre chance afin de défendre notre conception obscurantiste d’une Europe chrétienne.  

 

 

 

 

 

Par Ego
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